Ta dernière chance d'être un gamin...

Tu as eu 11 ans la semaine dernière. C'est fou quand même. J'veux dire, tu viens de naître. Come on.
C'est comme si le temps m'avait ramassée par le col de t-shirt pour m'assommer sur le bord d'une table en criant FERME TES YEUX, ÇA VA FAIRE MAL! LOL.
Je suis sonnée.
Le temps, il passe super vite depuis que tu es là. (Sauf quand j'attends de voir un médecin, entre un monsieur dodu qui tousse à écorner les boeufs et une madame fiévreuse qui sent la cigarette. Là, c'est vrai qu'il est long, le temps.)
C'est fou de penser que tu t'es couché le 4 mars au soir, la panse pleine de gargouillis de demaincestmafête et que t'as grandi. D'un coup, hop, en pleine nuit, le 10 de ton âge est parti, su'l pouce, ailleurs.
Recule de 11 ans et c'était moi qui me couchais le 4 mars au soir, la bedaine grosse de même (un paquebot géant dans chambre à coucher aurait dit Richard Desjardins) avec des gargouillis de demainonvaêtretrois.
11 ans, c'est comme ta dernière chance d'être un gamin. Ta dernière chance de faire des niaiseries sans trop te faire engueuler. Profites-en. Des « c'est juste un enfant, ça se peut qu'il fasse des conneries » vont se transformer bientôt en « BEN VOYONS DONC, T'É GRAND ASTEUR. PENSE AVEC TA TÊTE ». Une sale période, ça, Minou.
11 ans. Tu pèles ta peau d'enfant, celle rendue un peu trop petite, pour te vêtir d'un apparat de grand. De quoi de plus lousse qui te permettra de bouger mieux.
En même temps, tu bouges rarement. C'est ça le paradoxe avec toi. Parce que ta vie, elle, se déroule devant un écran d'ordi. On te propose 1000 affaires, rien à faire. Tu es scotché là, à parler sur Skype avec tes chums. L'apocalypse, avec son feu pis ses cavaliers, se déroulerait dans ta face que tu lèverais même pas tes yeux de l'écran. Je te gage 10 $ là-dessus. C'est dommage parce que je suis certaine que c'est ben impressionnant à voir, l'apocalypse.
Je t'ai demandé à quoi tu voulais ton gâteau d'anniversaire. Tu m'as dit « au caramel ». Ça m'a rassurée. Parce que tu as toujours beaucoup aimé le caramel. Comme t'avais grandi, j'ai eu peur que tu me répondes quelque chose de salace et de complètement inapproprié. De quoi de pas comme d'habitude. « Je le veux haut d'même avec une fille dedans. »
Fiou parce que t'as pas dit ça.
Il me semble que c'était hier que tu te mettais un pot de crème à glace vide sur le coco en chantant « papeau-papeau » de ta petite voix flûtée. Maintenant, le pot de crème glacée, tu le vides goulûment à la cuillère et jamais plus il ne te vient à l'esprit de t'en faire un casque. C'est d'une tristesse quand on y pense. On devrait jamais perdre l'élan qui nous pousse spontanément à se faire un chapeau avec un 2 litres de Coaticook à la vanille.
Il me semble que c'est hier que tu faisais pas tes nuits. Et que je feignais d'être assommée ben dur par Morphée pour que ce soit ton père qui se lève. (C'est ça la game d'être parent. On fait tous ça. Que le meilleur gagne.)
Que c'était hier que je menais bataille pour que tes petits bras entrent dans les manches des mauzusse de chandails de bébé.
Hier que je me battais avec toi pour que tu prennes ton bain (ah oué, c'est vraiment arrivé hier, ça.)
Grandis mon gars. Grandis grand. Pis retiens bien ceci : doute jamais de toi. Sois fier de toi. Fonce. Ose. Fais-toi mal, c'pas grave ça. On mettra des plasters.
Mais de grâce, lève tes yeux quand viendra l'apocalypse.
Tu vas te faire 10 piasses.