Louis Taillefer

Supraconductivité: trois physiciens de l'UdeS font une percée mondiale

Une équipe internationale dirigée par trois physiciens de l'Université de Sherbrooke signe une percée mondiale en matière de supraconductivité.
Leurs travaux permettent de résoudre une énigme qui a occupé les chercheurs pendant 20 ans et ouvre la porte à de grandes avancées, laissent savoir par voie de communiqué les trois chercheurs, dont Louis Taillefer, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en matériaux quantiques et investigateur sénior de cette étude.
M. Taillefer est connu pour au moins deux autres découvertes importantes depuis six ans dans la compréhension des supraconducteurs.
Avec Gaël Grissonnanche, doctorant en physique et premier auteur de l'étude, et Nicolas Doiron-Leyraud, les trois universitaires sherbrookois et leurs collègues internationaux ont cette fois identifié l'un des principaux mécanismes qui limitent la température critique à laquelle les cuprates expriment leurs propriétés supraconductrices.
Les cuprates, des oxydes de cuivre, sont les matériaux supraconducteurs les plus prometteurs. Jusqu'ici, il fallait les refroidir à des températures extrêmement basses, de l'ordre de -150oC, pour qu'ils n'opposent plus aucune résistance au passage du courant électrique.
« Si cet état pouvait persister à température ambiante, notre monde technologique serait profondément transformé », maintient M. Taillefer, en évoquant comme applications la lévitation magnétique qui permettrait de concevoir des trains propulsés à de très grandes vitesses, ainsi que le stockage et le transport de l'énergie.
En plus de la température critique, une deuxième propriété fondamentale des cuprates est son champ magnétique critique, qui a pu être mesuré grâce à une approche inédite développée par le groupe de chercheurs de l'UdeS.
« La clé de notre découverte, dit Nicolas Doiron-Leyraud, a été de développer à Sherbrooke un appareillage pour mesurer le champ critique des cuprates dans des conditions de champs magnétiques très intenses. » L'équipe s'est ensuite rendue dans les laboratoires spécialisés à Tallahassee, en Floride, et à Grenoble, en France, pour procéder aux essais.
« Une fois là-bas, nous avons pris conscience que c'était la première fois que quelqu'un tentait cette expérience », relate Gaël Grissonnanche.
L'étude a été publiée hier dans la prestigieuse revue scientifique Nature Communications.