Sherbrooke perd l'Orford Express

Vitrine touristique de premier plan pour Sherbrooke, l'Orford Express change de port d'attache. Les trois quarts des départs du train touristique se feront cette année à partir de Magog.
<p> Annie Brunelle</p>
Principal quai d'embarquement depuis 2007, le Marché de la gare ne sera plus qu'une halte d'une trentaine de minutes pour la majorité de ces convois qui attirent, bon an mal an, autour de 40 000 passagers. Seules les excursions du mercredi et du jeudi partiront de Sherbrooke. Ces changements sont arrêtés par les opérateurs estriens et seront soumis aux nouveaux propriétaires des lignes ferroviaires liquidées durant la faillite de MMA puisque certains de ces tronçons sont utilisés par le train touristique.
Le mode d'opération de l'Orford Express a été revu au terme d'une année difficile. En 2013, l'entreprise a été contrainte à l'inactivité en raison de l'érosion de la voie dans le secteur de Deauville et de tiraillements réglementaires découlant de la tragédie de Lac-Mégantic.
«Nous étions paralysés. Nous ne pouvions ni aller vers l'est ni vers l'ouest. Nous faisons de Magog notre point central pour avoir une alternative lors d'imprévus et éviter le blocage de nos activités. S'il en avait été ainsi l'an dernier, nous aurions pu poursuivre nos opérations du côté de Bromont. Nous ne pouvons plus nous permettre l'incertitude », confirme la directrice générale adjointe du train touristique, Annie Brunelle.
L'entreprise a dû annuler des sorties l'an dernier et proposer une escapade en autobus plutôt qu'en train vers Lac-Mégantic. Il est déjà inscrit sur le site internet de l'Orford Express que «le train est maintenant situé à Magog, avec départs du quai MacPherson ».
L'Orford Express et le bateau de croisière Le Grand Cru, qui sont tous deux la propriété de l'homme d'affaires André L'Espérance, recevront donc leurs clients au même endroit. Un mariage évident d'intérêts puisque l'achalandage de l'un augmentera la visibilité de l'autre. «Il y a également des avantages opérationnels aux cuisines pour la préparation et le chargement de la nourriture », ajoute Mme Brunelle.
L'an dernier, 63 pour cent des forfaits «hébergement et train » ont été vendus pour des hôtels de Sherbrooke tandis que 37 pour cent de cette clientèle a séjourné dans des établissements hôteliers de Magog-Orford. 
«Il ne fait aucun doute dans mon esprit que ce ratio va rapidement s'inverser. Le train était notre produit touristique d'appel et il ne nous apportera plus autant», considère le directeur du Delta, Marc-André Mouton. 
Les hôteliers de Sherbrooke ont appris la nouvelle la semaine dernière. S'ils comprennent la décision d'affaires, ils anticipent tous le même impact sur leurs réservations.
«C'est décevant car il est certain qu'il y aura un déplacement de clientèle qui profitera à Magog. Mais le train ne représente tout de même pas notre survie. Il faut compléter les aménagements qui mettront en valeur le site exceptionnel qu'est le lac des Nations. Cet atout-là ne bougera pas», croit le propriétaire du Grand Times Hotel, Jean Audet, qui est membre du conseil d'administration de Destination Sherbrooke. 
Selon les relevés des exploitants du train touristique, 75 pour cent de la clientèle provient de l'extérieur de l'Estrie.
En plus de perdre ce va-et-vient de touristes qui convergeaient vers le Marché de la gare pour monter à bord de l'Orford Express, Sherbrooke échappe la marque de commerce quasi exclusive du train qui lui procurait une visibilité médiatique exceptionnelle.
Dans toutes les émissions télévisées de la série «On prend toujours un train pour la vie », on voyait le convoi servant de plateau de tournage parcourir Sherbrooke.
L'épisode spécial du «Train de Noël » mettait également en valeur l'esprit festif et les décorations d'occasion au Marché de la gare. 
«Notre départ vers Magog n'est surtout un reproche aux gens de Sherbrooke. Nous avons reçu un support exceptionnel de la Ville et des représentants de Destination Sherbrooke pour lancer l'entreprise. Notre désir le plus profond est de voir les choses se rétablir en 2015 ou 2016. Ça dépendra de nos rapports avec les propriétaires des rails», explique Annie Brunelle. Sherbrooke avait notamment allongé quelques centaines de milliers de dollars pour une voie de déviation qui servait de stationnement à l'Orford Express. 
« C'est le genre de nouvelles dont on se passerait mais nous ne perdons pas tout. Le souci des propriétaires du train d'amoindrir le choc est senti, leur désir de revenir est sincère et nous voulons maintenir des liens constructifs avec eux. C'est la meilleure façon de veiller à ce que Sherbrooke retire le maximum de bénéfices du train touristique », croit pour sa part le maire Bernard Sévigny.
Les deux parties songent notamment à un système de navette pour transporter les clients des hôtels de Sherbrooke vers le quai d'embarquement de Magog. 
La fragile industrie touristique de Sherbrooke ne souhaitait sûrement pas que le train du futur soit celui-là.