Gérald Carrier

Se guérir par l'action

Gérald Carrier a eu une jeunesse rock'n'roll. Rébellion, fugue, il a presque été avalé tout rond par la Ville de Montréal dans les années 80. Qui aurait cru qu'être diagnostiqué séropositif lui aurait sauvé la vie?
« Si j'étais resté à Montréal, je serais mort », dit-il.
C'était il y a 25 ans. Il vivait de façon peu recommandable quand le diagnostic est tombé. Il est revenu à Sherbrooke pour être près de sa famille qui l'a accueilli à bras ouverts.
«C'est dans l'action que je suis passé à travers.»
« Moi j'ai été chanceux, j'ai une grosse famille et ils m'ont tous accepté comme ça. Ils n'ont jamais eu peur de l'attraper ou quoique ce soit, surtout que j'étais quand même renseigné. »
Cette acceptation de la maladie du VIH n'est pas venue du jour au lendemain.
« Ça a pris un bout de temps avant que je le divulgue, mais maintenant, je m'assume. Je peux le dire au grand public, ça ne me dérange plus. Je vis avec. »
Au départ, M. Carrier prenait 48 comprimés par jour et les effets secondaires le tuait petit à petit. Aujourd'hui, le chiffre est tombé à trois; les pierres au rein et les étourdissements sont chose du passé.
« Je pense que ce qui m'a aidé dans tout ça c'est que je suis resté actif. Je ne suis pas resté chez nous à attendre qu'il se passe quelque chose. C'est dans l'action que je suis passé à travers et maintenant je ne pense plus juste à ça. Au début, je faisais très attention, mais là ça ne m'empêche plus de vivre. »
Il a commencé par s'impliquer auprès d'Iris Estrie durant 10 ans. Il a ensuite fondé avec des pairs l'ARCHE (Amour, Respect, Compassion, Harmonie et Écoute) de l'Estrie, un organisme communautaire de soutien aux personnes atteintes du VIH ou du SIDA de l'Estrie.
Offrir des moyens de retrouver et de conserver une qualité de vie constitue la mission de l'organisation. Que ce soit par de l'accompagnement à des rendez-vous médicaux, par un service de pair aidant, par de l'aide alimentaire ou encore par des activités de groupe comme des sorties au Zoo de Granby, l'ARCHE vient en aide aux gens qui ont vu leur vie basculer.
« On essaie de sortir les gens pour briser l'isolement. C'est ça un peu l'idée parce qu'il y en a beaucoup qui ont été rejetés par leur famille, ils n'ont plus de réseau donc ils viennent ici pour parler et on ne les juge pas. Qu'ils soient toxicomanes, alcooliques, on n'est pas là pour juger. Les gens ont peur et il y a encore de la stigmatisation beaucoup, les gens n'osent pas venir parce qu'ils ont peur d'être identifiés. »Si la maladie a changé le système immunitaire de Gérald Carrier, elle a aussi transformé sa vision de la vie. L'ancien rebelle s'est d'ailleurs vu remettre le Prix Bénévolat Québec 2014 pour son implication dans la prévention du VIH.
« De s'impliquer dans quelque chose, c'est bon pour le moral, ça me fait sortir de chez moi, je rencontre des gens. Ça me fait du bien à moi et les autres, de voir qu'il y en a qui vont bien malgré la maladie, ça doit les motiver. »
La fougue et la bonne humeur de Gérald Carrier témoignent bien qu'il est possible de vivre intensément malgré la maladie.
Originaire de Scotstown
Diagnostiqué du VIH en 1990
Bénévole pour Iris Estrie pendant 10 ans à partir de 1993
Impliqué dans l'ARCHE de l'Estrie depuis la fondation en 2004
Lauréat du Prix Bénévolat Québec 2014