Rock'n'roll et adversité

Fortifié par l'adversité, Dance Laury Dance remonte à bord de sa vannette pour hurler dans tous les lieux de culte du Québec rock'n'roll un guttural Hellalujah, titre de son récent troisième album. Récit d'une vie de sacrifices et d'asphalte avec Max Lemire, impayable leader de ces indispensables porte-étendards du rock couillu.
«Tu me donnes-tu deux secondes? Faut je paye le gaz!» Quelque part sur la route vers Thetford Mines, Max Lemire donne les billets verts au commis de la station-service puis remonte à bord de la vannette depuis laquelle il nous jase depuis une quinzaine de minutes. «On revient de Toronto là. On a perdu 1200$, notre remorque a fait trois crevaisons, on a joué devant 60 personnes dans un bar de 300 places, mais on tourne la page. Ça fait joueur de hockey ce que je vais dire, mais il y a des bons shows et des mauvais, et quand il y en a des mauvais, faut que tu tournes la page le plus vite possible.»Hellalujah, le récent troisième album de la formation originaire de Québec, s'abreuve largement aux épreuves de ce genre, que le bon Dieu du rock'n'roll a semé nombreuses sur sa route depuis le précédent Living for the roll (2011). Prenez la chanson Stranded in Swifty, récit surréaliste d'un séjour forcé dans la coquette ville de Swift Current en Saskatchewan, une déveine qu'attribue Lemire au mauvais sort qu'aurait jeté sur le groupe un certain Voodoo. Qui est ce mystérieux personnage que vous ne semblez pas porter dans votre coeur (de rockeur)?
«Voodoo, c'est un roadie qu'on avait engagé et qui s'est avéré ne pas être fiable. Il conduisait sans permis, il nous volait de l'argent. On l'a mis dehors», raconte le chanteur sur le même ton que d'autres emploient pour parler d'une excursion en montagne.
«C'est vraiment sur la route qu'on départage ceux qui veulent faire ça pour vrai des autres. C'est à Swift Current, au beau milieu de nulle part, que Dagger Pat, un de nos guitaristes, a décidé qu'il en avait assez et qu'il se poussait. On est restés pris là pendant une semaine à cause de la transmission de notre van qui a pété. On avait fait de l'argent en tournée et il a fallu tout dépenser pour payer le mécanicien et l'hôtel.»
Fort d'un esprit de corps renforcé par ce chemin de croix, DLD hurle aujourd'hui Hellalujah, album moins marqué par l'influence d'AC/DC et davantage par celle du métal qu'écoutent ses deux nouveaux guitaristes au jeu effréné, Savage Phil et Tom Bouchard. L'hymne qu'est The hammer and the nail, véritable profession de foi rock'n'roll, rappelle que le décharge d'adrénaline que procure la scène compense amplement les claques au visage. «Il n'y a pas un manège à La Ronde qui peut accoter le feeling que les gens se soient déplacés pour nous entendre. Nos fans sont fous. Sur scène, on veut faire monter l'intensité jusqu'à ce qu'ils ne soient plus capables de suivre.»
DLD, antidrogue?
L'avertissement que semble adresser Max Lemire dans Right up the bracket à un ami sur le point de se faire ensevelir vivant sous un gros tas de neige poudreuse, c'est d'abord et avant tout à lui et à ses collègues qu'il le sert. Après avoir embrassé très goulûment le mode de vie rock'n'roll dans toute sa décadence, Dance Laury Dance aurait-il signé sa première ritournelle antidrogue? «Ce n'est pas nécessairement antidrogue, mais disons que la poudre [la cocaïne], c'est une drogue dangereuse. Quand tu en fais trop, les conséquences sont graves. Ça devient lourd à porter et ça l'a été, lourd à porter, pour notre band pendant un bout. C'est une chanson sur le tourbillon de poudre dans lequel on a vécu pendant un moment. Au début, tu trippes, puis tu t'enfonces, puis tu en fais tout le temps, à tous les jours, et ça ne mène plus à rien. C'est comme le pot, mais en plus cher et en plus ravageur.»
Divorcé pour de bon du sachet blanc, Dance Laury Dance n'a pas pour autant renié le biberon. Sa présente tournée n'est-elle pas, après tout, commanditée par la microbrasserie shawinigaise Le Trou du Diable? Mais ne vous attendez pas à voir cinq hirsutes voyous tituber jusque sur la scène du Woodstock Bar samedi. «On fait beaucoup le party, on l'a toujours beaucoup fait, mais ce que les gens savent moins, c'est qu'on est complètement à jeun avant le show. Il y a des années où on ne se souvenait même pas d'avoir joué, mais depuis trois ans, pour le respect des fans qui se déplacent, on attend toujours après pour partir sur le party.»
À retenir
Dance Laury Dance et The Lost Skulls
Samedi 8 mars à 20 h
Woodstock Bar (154, rue Wellington Sud)