Remettre en question notre mode de vie

Katherine Gérard était en voyage humanitaire au Nicaragua lorsqu'elle a eu un déclic : là-bas, c'est le ravin du village qui servait de poubelle géante. Aujourd'hui, la jeune femme de 23 ans recycle tant et consomme si peu qu'elle arrive à sortir son sac à ordures qu'après deux semaines, parfois trois.
Et on ne parle pas d'un immense sac à poubelle : on parle d'un tout petit sac, souvent rempli au tiers.
«Mon chum me trouve maniaque. J'essaie de penser : si j'ai le choix entre un emballage recyclable et un autre, je vais prendre le produit avec un emballage recyclable», raconte-t-elle.
Penser : c'est un mot qui revient souvent au cours de l'entrevue. L'étudiante en traduction de l'Université de Sherbrooke a tendance à remettre un paquet de choses en question.
Pourquoi ne pas acheter en vrac plutôt que de repartir avec de multiples emballages? Pourquoi ne pas s'habiller dans les friperies? À ce sujet, la jeune femme a mis en place sa propre règle : le tiers de ses achats de vêtements sont achetés neufs, un tiers est déniché dans des friperies, et finalement les 33 % restants sont locaux ou écoresponsables.
Dans certains commerces de restauration rapide où l'emballage est très abondant, Katherine ne se gêne pas pour demander son mets sans tout ce paquet de papiers inutiles. Elle privilégie la bibliothèque pour les livres et les revues. «Quand tu n'as pas de budget, il faut que tu sois plus créatif. Le jour où je ferai 60 000 $ par an, je ne suis pas sûre que ça va changer», lance l'étudiante.
Penser, remettre en question... et chercher. Elle ne cache pas qu'elle peut passer pas mal de temps sur le web, par exemple, à tenter de voir ce qui serait moins néfaste pour l'environnement. Elle cite notamment les ingrédients qui se retrouvent dans les produits de beauté. Elle a remplacé son déodorant pour de la pierre d'alun, elle fait elle-même ses produits d'entretien ménager.
Parmi ses sources de référence : le blogue Zero Waste Home, de Bea Johnson, qui met de l'avant l'objectif «zéro déchet». La famille américaine a réussi à limiter ses déchets à 1 kg par an, tout en réduisant de 40 % ses dépenses annuelles. C'est Bea Johnson, d'ailleurs, qui a sensibilisé Katherine à prôner l'achat en vrac, question de réduire les emballages et les contenants.
«Pour moi, c'est une passion de comprendre les choses et de les remettre en question. Je suis souvent en train de chercher des solutions... Ce n'est pas parce qu'on a atteint un tel développement technologique qu'on ne peut pas se poser de question. C'est pour l'environnement que je le fais, mais pour la santé aussi», commente Katherine.
«Si tu as la possibilité d'aller vers quelque chose de plus sain, pourquoi pas?» «On est allé vers le progrès, mais ce n'est pas le progrès tant que ça.»
Il n'est pas question de changer radicalement, souligne-t-elle : changer nos habitudes peut se faire pas à pas. «C'est par étape : c'est rare que tu arrives et que tu changes du tout au tout... C'est mieux comme ça : ça devient des habitudes que tu vas garder toute ta vie...»
«Quand j'étais avec la patrouille verte, on est allé visiter le site d'enfouissement et c'est tellement horrible de voir ça. C'est comme si dans ta cour tu levais ton gazon et que tu cachais tes poubelles en dessous. Est-ce que les gens voudraient faire ça? Non! Personne ne voudrait faire ça dans sa cour. Alors pourquoi on le fait et on se ferme les yeux?
« L'obligation d'avoir une responsabilité d'entreprise sur la fin de vie des produits. Un produit devrait être réparable. »
Je lève les yeux au ciel quand...
« On me dit que ça ne sert à rien de protéger l'environnement... »