Nicole Bergeron

Réforme des arrondissements: l'entente ravive les tensions

Le lac-à-l'épaule sur la réforme de la gouvernance a permis de rallier 14 conseillers municipaux en plus du maire Bernard Sévigny, samedi à l'hôtel de ville de Sherbrooke. La proposition ferait passer le nombre de conseillers à quatorze et le nombre d'arrondissements à quatre. Le débat a toutefois accentué la division entre les défenseurs du projet et ses opposants. À preuve, Nicole Bergeron et Benoît Dionne ont quitté la table des négociations avant la fin de l'exercice.
Les deux élus de Brompton ont refusé de se rallier à une proposition qui fait passer leur arrondissement dans le giron de Rock Forest-Saint-Élie-Deauville et qui fusionnerait les arrondissements de Jacques-Cartier et du Mont-Bellevue. Rappelons que Mme Bergeron et M. Dionne auraient plutôt souhaité un regroupement avec le district de Saint-Élie, une proposition provenant de la conseillère Chantal L'Espérance.
« J'étais plutôt confiante que la proposition de Chantal allait rallier tout le monde. On avait discuté avec d'autres indépendants qui trouvaient la proposition intéressante. Au final, au lieu de nous noyer dans Fleurimont, on nous noie dans Rock Forest-Saint-Élie-Deauville. Je suis très préoccupée par la situation. Ce n'est pas facile à encaisser », commente Nicole Bergeron.
Mme L'Espérance était elle aussi loin de jubiler devant la solution choisie par une majorité d'élus. « Un consensus s'est dégagé, mais je n'en fais pas partie. Fusionner les arrondissements de Jacques-Cartier et du Mont-Bellevue me semble irréaliste. Ce sont des quartiers qui ne se parlaient pas et je ne crois pas que ça change avec la fusion. Confiner Brompton au statut de district m'apparaît aussi inacceptable. Avec ma proposition, j'arrivais à un consensus en or, mais on n'a pas voulu le prendre. Je crois qu'il faut rester modeste dans un large consensus quand ceux qui sont directement concernés ne sont pas d'accord. »
Chantal L'Espérance ne décolérait pas devant la façon dont se sont tenues les négociations. « Je pense que Brompton a vraiment mis de l'eau dans son vin pour arriver à faire une ville harmonieuse, mais il y avait une chasse gardée sur Rock Forest-Saint-Élie-Deauville. Quand les élus de Brompton ont constaté qu'ils en faisaient les frais, ils ont levé le camp. Nous avons vite compris qu'il ne fallait pas toucher à l'ancien bastion du maire. On ne se cachera pas que de monter à 14 conseillers, ce n'est pas un si grand cadeau que ça. Ils savaient que le projet avait plus de chance de passer à l'Assemblée nationale parce que le décret permet déjà 14 conseillers. »
Nicole Bergeron ne craint pas que son retrait du lac-à-l'épaule soit mal perçu. « Qu'est-ce qu'il nous restait à gagner? On s'est retirés quand il y a eu consensus de nous faire disparaître et qu'on ne voyait aucune possibilité de rallier les autres. Nous étions déçus, amers, tristes et préoccupés. Le moral n'est pas très bon. J'étais tellement convaincue qu'on avait enfin trouvé la solution de compromis pour sortir de cette impasse. Le plus utopique, c'est qu'en regardant les résultats du sondage CROP, la population qui s'est le plus concertée et qui souhaite garder son arrondissement est celle qu'on ampute. Je ne l'accepte pas. »
De là, les deux femmes gardent de minces espoirs que la proposition soit à nouveau modifiée avant le vote qui se tiendra à la séance du conseil municipal du 3 mars. « Ça se peut que des gens réfléchissent encore, mais il ne faut pas attendre ça des membres du parti. Ils parlent d'une seule voix. J'ai aussi senti que la situation de Lennoxville s'est fragilisée. Ils voulaient quatre arrondissements et faire disparaître celui de Brompton, et s'ils avaient pu faire disparaître celui de Lennoxville, il n'y aurait eu que trois arrondissements », déplore Mme Bergeron.
« Je crois encore qu'il y a de la place à l'ouverture et que certains peuvent cheminer, sinon, on finira par me faire regretter mon vote sur le dépôt du projet le 20 janvier », renchérit Chantal L'Espérance, qui compte mener sa bataille sur les pouvoirs consentis aux arrondissements.
Défusion
Il n'en fallait pas plus pour que le mot défusion refasse surface. « Quand je l'ai mentionné au lac-à-l'épaule, ce n'étaient pas des menaces. Les gens n'ont pas idée de la pression sur les élus à Brompton. La population a l'impression d'être complètement flouée. Je vais devoir me rasseoir et faire l'analyse de tout ça. Je représente les citoyens de Brompton, alors s'ils me demandent de faire ça, je leur dois bien, mais il faut que le courant soit assez fort et que les gens comprennent ce que ça peut représenter et coûter.
Le porte-parole du Groupe contre la disparition de Brompton, Pierre Meese, admet que la défusion est dans l'air. « On a fait faire un dépliant qu'on a envoyé par la poste pour inviter les gens de Brompton au vote du 3 mars. Les gens se sentent trahis. Le mot défusion revient souvent et si la proposition passe telle quelle, ce sera la seule porte de sortie. C'est vraiment avec tristesse que je dis ça parce que je croyais que la fusion avec la ville de Sherbrooke était une bonne chose. »
Les cinq élus qui n'ont pas approuvé la proposition, en s'opposant, en refusant de voter ou étant absents lors du vote, seraient Chantal L'Espérance, Nicole Bergeron, Annie Godbout, Jean-François Rouleau et David Price.