Redorer l'image de la formation professionnelle

La croyance voulant qu'un diplôme universitaire soit essentiel pour bien gagner sa vie est révolue depuis longtemps déjà. Pourtant, les métiers manuels et les formations professionnelles sont encore aujourd'hui la cible de nombreux préjugés.
«Avec la Révolution tranquille et le rapport Parent dans les années 60, on a énormément poussé vers la formation universitaire. Pour les Québécois, c'était comme une façon de se venger, de ne plus être confinés aux métiers manuels. Les formations professionnelles ont été délaissées, mais depuis une dizaine d'années c'est en train de changer», commente Sylvain Bourdon, professeur au Département d'orientation professionnelle de la Faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke.
Pour le professeur, la formation professionnelle est mal jugée. «Les taux de placement sont excellents dans beaucoup de domaines, alors que certaines formations universitaires ne mènent parfois à rien», soutient-il.
Il suffit de jeter un coup d'oeil ailleurs sur la planète pour s'en convaincre. En Corée du Sud, après des décennies de survalorisation de l'université, les diplômés universitaires sont tellement nombreux qu'ils peinent à se trouver un emploi. Inversement, la demande est criante dans de nombreux corps de métier plus manuels.
Aux États-Unis, le livre Éloge du carburateur, un plaidoyer en faveur d'une plus grande reconnaissance du travail manuel, a connu un vif succès. L'auteur, Matthew B. Crowford, est détenteur d'un diplôme universitaire de premier cycle en physique et d'un doctorat en philosophie de l'Université de Chicago. Après avoir passé quelques mois à l'emploi d'un think tank de Washington, il a tout abandonné et ouvert un atelier de réparation de motos. Son livre critique les sociétés contemporaines, qui en valorisant aveuglement les études universitaires et les professions «intellectuelles» au détriment du savoir-faire manuel, courent à leur perte.
Avec un taux de diplômés universitaires plus faible que dans la plupart des pays industrialisés, le Québec n'en est pas encore là, mais selon Sylvain Bourdon, il y a effectivement «une méconnaissance de la part des parents, mais aussi des jeunes, concernant les programmes de formation professionnelle.»
Il faut aussi dire qu'emprunter la voie professionnelle demande de faire un choix à un jeune âge, ce qui n'est pas forcément évident pour bon nombre d'élèves du secondaire. «Choisir la voie générale au cégep, c'est bien souvent une façon de retarder le choix. C'est difficile à 15 ou 16 ans de choisir la profession que l'on veut exercer», fait remarquer Sylvain Bourdon.
Formation flexible
«Oui, malheureusement, la formation professionnelle est encore victime de nombreux préjugés. C'est de moins en moins le cas, mais il reste beaucoup de travail de valorisation à faire», confirme Johanne Drouin, conseillère d'orientation au Centre de formation professionnelle 24-juin.
Selon elle, les possibilités qu'offre la formation professionnelle sont méconnues. «Certains parents croient encore que si leur jeune ne va pas au cégep ou à l'université, ils n'auront pas une belle vie. Pourtant, bien des formations professionnelles mènent à des métiers avec des salaires et des conditions de travail très avantageux», explique-t-elle.
Même si le DEP semble être une voie intéressante, pour les étudiants qui préfèrent le travail plus concret et manuel aux études abstraites, il demeure une option peu considérée par bien des élèves du secondaire. «Il faut que les jeunes réalisent que le cégep n'est pas l'unique option à la sortie de l'école secondaire, qu'ils soient bien au courant de toutes les possibilités», plaide Johanne Drouin.
Dans le but de favoriser la rétention scolaire et valoriser le DEP, le Centre 24-Juin offre depuis 2011 un programme de concomitance qui permet aux élèves du deuxième cycle du secondaire d'entreprendre un programme de formation professionnelle en simultané avec la formation générale de niveau secondaire. Ces élèves passent ainsi trois jours par semaine en formation professionnelle et les deux autres en formation générale.
«L'objectif de la concomitance est de donner une première qualification et une possibilité d'entrer rapidement sur le marché du travail à des jeunes qui n'aiment pas trop l'école ou qui sont davantage intéressés par le travail manuel. Ils évoluent dans un autre environnement une partie de la semaine et restent plus motivés. C'est un bon moyen pour les maintenir en formation», affirme Mme Drouin.
Bien que ce type de programme semble tout indiqué pour faire diminuer le nombre de décrocheurs, il n'est pas étendu à l'ensemble de la province. Seuls quelques centres de formation professionnelle l'offrent à l'heure actuelle.