Jean de Dieu Nshimiyimana

Quand l'horreur fait place à l'espoir

Ils fuient leurs terres, la guerre, la peur. Accueillir des réfugiés, c'est leur ouvrir notre porte et notre coeur. C'est aussi apprendre à les connaitre...
Avant d'arriver à Sherbrooke en juin 2013, Jean de Dieu Nshimiyimana a côtoyé l'horreur. Originaire du Rwanda, il n'a que sept ans quand le génocide qui coûtera la vie à ses parents débute en 1994. « Tu voyais des cadavres partout. Quand tu étais dehors, tu ne voyais que ça. C'était affreux, c'était terrible! »
Par chance, des voisins le prennent sous leur aile. Ils n'ont d'autre choix que de fuir vers la République démocratique du Congo. Un autre conflit y éclate en 1996 et Jean doit prendre la fuite à nouveau. Les mots lui manquent pour décrire ce qu'il a vu.
« La plus terrible image que j'ai toujours en tête, c'est celle d'un enfant qui tétait sa mère morte. Je pense qu'elle est morte de fatigue, à force de courir. Elle était assise avec son enfant, en train de l'allaiter. Les autres lui criaient "Eh! Réveille-toi, ça bombarde, il faut qu'on coure! ". Elle ne bougeait pas. Les autres ont pris l'enfant. »
Après avoir marché 5000 kilomètres, il trouve refuge à Brazzaville, capitale du Congo. Jean et bien d'autres réfugiés peinent à survivre. « On manquait de quoi manger, des substances de base. Ç'a pris beaucoup de temps avant que les Nations Unies sachent qu'il y avait des réfugiés à cet endroit et qu'on commence à nous aider. »
L'une de ses nombreuses demandes d'exil est finalement acceptée, soit celle du Canada. En 2013, c'est à l'hôtel Wellington du centre-ville de Sherbrooke qu'il fait son arrivée au Québec. « C'était vraiment inoubliable. C'était une renaissance, une vie qui recommence avec plus d'espoir. »
Un accueil chaleureux
Encore aujourd'hui, Jean n'en revient pas de l'ouverture et de l'accueil des Québécois. « J'ai comme une autre famille ici, je me sens vraiment en relation avec eux. Il y a la famille Tousignant et les Langlois de Windsor qui sont super gentils avec moi. Lorsqu'ils ont un party ou quelque chose à faire, ils n'hésitent pas à m'appeler pour m'inviter. C'est toujours une joie d'être parmi ces gens-là. »
À tous ces sentiments de bonheur se mêle le souvenir des gens laissés derrière. « C'est émotif, parce qu'il y a des amis, des parents qui sont restés. Ça fait couler des larmes, mais ça donne espoir des deux côtés, du mien comme de leur côté. Ils se disent qu'il y en a un qui a de la chance, qui va continuer à vivre », nous raconte Jean, dont la financée - elle aussi orpheline - vit aujourd'hui en Belgique.
Tous n'ont pas la même chance. Jean est d'ailleurs bien placé pour comprendre ce que vivent les réfugiés syriens. « Il faut se mettre dans la peau de l'autre pour comprendre ces choses-là. Ton pays est en guerre, ça bombarde partout, tu n'as rien sur toi. Tu cherches où aller et il n'y a aucun pays qui t'ouvre ses portes. »
La reconnaissance de Jean est contagieuse, car elle nous rappelle notre chance de vivre ici. « Merci à la société québécoise et canadienne de nous avoir reçus, et de continuer à recevoir du monde. Il y a des gens dans le besoin qui cherchent la paix, qui cherchent la stabilité, qui cherchent un endroit sûr et où se reposer... Qui cherchent de l'espoir. »