La maison de Patrice Laframboise est à la frontière de la vie du quartier et de la désolation du centre-ville dévasté de Lac-Mégantic. Le médecin vit aujourd'hui avec sa famille dans une résidence presque ceinturée par les barrières installées autour de la zone sinistrée.

Près de la zone rouge, plus de vie de quartier

«On s'est fait voler le centre-ville. Maintenant ça ressemble à une zone de guerre, on dirait l'Afghanistan.» La maison de Patrice Laframboise est à la frontière de la vie du quartier et de la désolation du centre-ville dévasté de Lac-Mégantic. Le médecin vit aujourd'hui avec sa famille dans une résidence presque ceinturée par les barrières installées par les autorités autour de la zone sinistrée.
Après avoir évacué sa maison la nuit de la tragédie, il y a un an, Patrice Laframboise n'a pas pu s'empêcher de regarder derrière.
«J'ai eu peur de perdre tout ce que j'ai bâti ici, raconte-t-il. Ça fait 20 ans que je suis ici à Lac-Mégantic, et j'ai beaucoup investi dans la maison familiale. J'étais convaincu qu'elle passerait au feu.»
Aujourd'hui, le Méganticois a réintégré le domicile du boulevard des Vétérans duquel il a été privé pendant deux mois. Sa femme et lui ont fait des réparations sur la propriété, nettoyé la cour et planté des fleurs. Mais au-delà de leur haie de cèdres, le portrait a radicalement changé.
«J'ai le syndrome de l'imposteur. Pourquoi chez moi tout est intact et pas les autres?» se demande-t-il.
Robert Dallaire et Sylvie Roy ont eux aussi pu récupérer leur demeure, mais il sont maintenant les seuls à habiter sur la rue Kelly. Absents lors de la tragédie, le retour à la maison a été si brutal pour le couple retraité que Sylvie Roy en a perdu l'usage de la voix. Elle est présentement suivie par un orthophoniste pour ce choc post-traumatique afin que ses cordes vocales puissent se rouvrir.
Côtoyer la zone sinistrée n'aide pas à retrouver la paix que Lac-Mégantic leur a toujours inspirée. Un brin fataliste, le couple commence tranquillement s'habituer à voir sur leur terrain la clôture qui délimite la zone rouge.
«On n'est pas au courant de ce qui se passe. On pose des questions aux employés qui sont là pour décontaminer et on n'a pas de réponse», affirme Robert Dallaire, qui a vu déambuler des milliers de curieux devant sa résidence dans la dernière année.
Le sort de leur quartier est toujours inconnu. Le plan préliminaire d'urbanisme, préparé à partir des propositions reçues lors des ateliers communautaires «Réinventer la ville», a cependant beaucoup déçu Patrice Laframboise. Il milite pour que ses anciens voisins aient le droit de revenir bâtir sur leur terrain, qui a été remplacé sur le plan par le prolongement du parc des Vétérans.
«Pourquoi on veut les priver de leur droit de propriétaire? On mérite de ravoir notre quartier en entier. Ce ne sont pas des arbres que je veux, mais des voisins», avait-il lancé à la Ville lors de la soirée de présentation du plan d'urbanisme.
Pendant ce temps, les résidents ont remarqué que le train avait recommencé à rouler. Les camions de décontamination vont et viennent, mais leurs anciens voisins ne sont encore pas revenus. Impuissants face à la négligence et à la bureaucratie, les résidents en bordure du centre-ville attendent toujours de retrouver une vie de quartier paisible... et des gens pour y habiter.