Pendant que la planète se réjouissait à Sotchi

Des années de journalisme ont aiguisé mon cynisme, mais rien ne pouvait me préparer à la déception que j'allais vivre en voyant la petite politique entourant le projet de loi 52 pour le droit de mourir dans la dignité. Pour une rare fois que je me sentais interpellé par un projet de loi et que j'avais participé au processus démocratique. Pour une fois, je voyais que la politique pouvait réellement servir à quelque chose. Du moins, à quelque chose de plus grand que l'individu qui pratique ce métier. Ce projet de loi me tenait à coeur.
Dans certaines chroniques précédentes, j'ai louangé les membres de la Commission pour leur travail. Un travail non partisan, fait avec compassion, patience et empathie. Cette expérience devant la Commission où j'expliquais étape par étape comment mon père a subi le système hospitalier avant de mourir a été un des épisodes les plus difficiles émotivement. Oscillant entre tristesse, indignation et frustration, les souvenirs me bousculaient dans mon témoignage. Néanmoins, on m'a écouté avec sincérité. Les membres de la Commission à qui j'ai serré la main après le témoignage m'ont semblé touchés, peu importe le parti. Nous avons été plusieurs à témoigner pour pas que d'autres aient à vivre ce que nous avions vécu avec un proche au bord de la mort.J'étais impressionné. Pour une fois, je voyais l'humanité dans la politique, l'humain derrière le politicien. Je n'ai jamais eu l'impression qu'un membre du comité tirait la couverture de son bord ou qu'il tentait de s'approprier le dossier. Cette commission parlementaire était menée de main de maître par Véronique Hivon, et les membres de cette commission, issus de tous les partis, semblaient travailler dans une réelle collégialité.
Maintenant, avec des élections imminentes, les vieilles rengaines reprennent. Ceux qui étaient des compagnons d'armes à la Commission sont maintenant des adversaires. Il faut suivre les lignes de partis et surtout fermer sa gueule si les décisions de notre chef ne font pas notre affaire. Pas question de déroger de la ligne de parti. Pas question de se lever et dire haut et fort que la mise en veille de ce projet de loi est une honte et que la population mérite amplement ce projet de loi.
Je sais, le projet de loi n'est pas encore mort officiellement. Oui, les libéraux ont dit qu'ils allaient ramener le projet de loi à l'avant-scène dès la prochaine session parlementaire, mais à quel prix? Qu'est-ce qu'ils vont demander en contrepartie? Est-ce que ça va être un projet de loi édulcoré et beige, ou si des vraies mesures seront adoptées.
Encore une fois, vu que les politiciens manquent de courage, ce sera aux simples citoyens de faire preuve d'un courage incommensurable et d'offrir une fin de vie convenable à leurs proches selon leurs souhaits. Évidemment, c'est illégal de mettre fin aux jours d'un proche qui est mourant et qui souhaite mourir, mais ça s'est déjà fait, ça se fait encore et ça va continuer à se faire. Pourquoi ne pas avoir le courage d'encadrer la fin de vie de ceux qui ne souhaitent pas prolonger leur souffrance?
Misère que c'est triste de faire de la petite politique autour d'une question aussi cruciale.