Jean-Philippe Dutil de Grüv'n Brass se cache derrière son sousaphone.

Pas les faire-valoir du père Noël

Les neufs musiciens de Grüv'n Brass ne sont pas les faire-valoir du père Noël, rappellent-ils sur un deuxième album redéfinissant les contours de la fanfare, Brassmobile. Rencontre avec le propriétaire du plus gros instrument de la bande, le sousaphoniste Jean-Philippe Dutil.
«Inquiétez-vous pas, j'en jouerai pas!»Jean-Philippe Dutil rassure les avenantes filles de café qui, depuis quelques minutes, l'observaient d'un oeil craintif déballer son sousaphone, avec lequel il prendra la pose pour la photo protocolaire. Le musicien soulève l'instrument, une sorte de giga tuba au pavillon pointant vers l'avant afin que le son ne s'envole pas vers le ciel quand on en joue dehors, puis le passe par-dessus son épaule. Ce qui lui confère quelque chose comme le look d'un escargot bien planqué sous sa coquille.
Tu ne regrettes pas parfois ne pas avoir choisi la flûte traversière, Jean-Philippe? Ça demande une forme particulière porter cet éléphantesque joujou? «Ça demande surtout de la prévention, répond le un-neuvième de Grüv'n Brass. C'est une vieille machine cet instrument-là et à l'époque où il a été fabriqué, les métaux étaient épais, lourds. Je fais régulièrement des exercices, des étirements simples, juste pour que ma charpente reste solide, pour éviter les maux de dos.»
Brassmobile, deuxième album du nonette local au sein duquel s'époumonent et tapochent également David Robitaille (trompette), Nicolas Boulay (trompette), Robert-Étienne Siméon (saxophones), David Élias (saxophone baryton), Olivier Hébert (trombone), Jean-Sébastien Vachon (trombone basse), Sébastien Hinse (caisse claire) et Manuel Tremblay (grosse caisse), est la trame sonore toute désignée pour les séances d'entraînement de Dutil. Ça pétarade comme dans une rue de la Nouvelle-Orléans, ça groove comme chez le collectif hip-hop de Philadelphie The Roots, ça swingue comme un big band que l'on aurait préalablement gavé de friandises. On s'envole en Europe de l'Est sur la klezmer À l'est de Greenwich, on danse au coeur du Détroit des années Motown sur La ville du moteur, on gambade dans le générique d'ouverture d'une émission pour enfants dans cette Délivrance au réveil à la mélodie-ver d'oreille.
«Je ne me souviens plus trop c'était quoi notre premier contrat. On devait avoir été engagé pour une arrivée ou une parade de père Noël ou quelque chose du genre», raconte Dutil. Qu'il ait rayé de sa mémoire cet événement-fondateur un brin ennuyant tombe parfaitement sous le sens - excusez la psychanalyse à cinq sous - tant Grüv'n Brass ne cesse depuis de se jouer des attentes, de tourner le dos aux clichés et de redéfinir les contours de ce que peut être une fanfare, ne reculant devant aucun genre musical, dans la mesure bien sûr où «compte tenu de la nature de nos instruments, on ne fera pas du folk ou du post-rock.». Disons-le carré: Grüv'n Brass n'est pas qu'un band de parade de père Noël.
Le chemin du coeur
Répétons-le: Grüv'N Brass n'est pas un groupe de cuivres comme les autres et vous oublierez souvent à l'écoute de Brassmobile que c'est une fanfare qui souffle (fort) dans vos oreilles. «J'aime ça que les gens aient l'impression qu'ils écoutent de la musique, tu comprends, pas forcément une fanfare. On essaie d'être le plus festif et le plus groovy possible», insiste Jean-Philippe Dutil, qui cite spontanément John Paul Jones de Led Zeppelin comme influence majeure sur sa manière de «se prendre pour un bassiste.» «C'est une basse à vent dont je joue.»
Capable de coller un sourire au visage en quelques notes seulement, le nonette incarne joliment cet adage voulant que le chemin entre les cuivres et le coeur de l'auditeur soit très, très court. La théorie de Dutil: «Les cuivres sont près de la voix. Ce sont les lèvres qui, en vibrant, produisent le son. C'est très organique, c'est le souffle humain à l'état presque pur.»
Brassmobile s'ouvre sur le bruit d'une bande de gars qui applaudissent et rigolent, comme les neuf musiciens rigolent l'été dans les nombreux festivals où ils trimballent leurs instruments. «Quand on joue dehors, on en dit des niaiseries, c'est pas croyable! On voulait que ça se sente sur l'album, le fun qu'on a quand on joue.» C'est le père Noël qui serait fier.
À retenir
Lancement de Brassmobile
Vendredi 28 mars à 21h
La Petite Boite Noire (53, rue Wellington Sud)