Mathieu Desmeules présente le Carnet du Bas du Fleuve de son alter ego Freud Chorus chez ArtFocus.

Ostentatoire

Mathieu Desmeules arrache au Carnet du Bas du Fleuve de l'explorateur Freud Chorus une série d'illustrations futuristico-ostentatoires inspirées des symboles d'un Québec quétaine et/ou absurde.
«Il y a quelque chose d'ostentatoire dans chacun des dessins. Faut croire que j'étais là-dedans cet automne», rigole Mathieu Desmeules devant Crime Bine, relecture de La Pietà de Michel-Ange dans laquelle la Vierge a été remplacée par l'empereur Palpatine de Star Wars et le Christ par un robot vert.Vous avez bien lu «ostentatoire», oui, cet adjectif auquel la Charte des valeurs du Parti québécois aura permis de passer dans le langage du quotidien. «Je trouvais ça absurde», laisse tomber Desmeules en toute circonspection au sujet du projet avorté, comme lassé par tous ces débats qui déchirent les adultes.
Parce que Freud Chorus: Carnet du Bas du Fleuve, exposition regroupant une dizaine d'illustrations également reprises sur une gamme de chouettes gaminets, est d'abord et d'abord avant tout celle d'un petit gars qui, dans les classes de l'École de l'Écollecif, couvrait ses cahiers de personnages anthropomorphiques, mi-animaux, mi-extra-terrestres.
«Je ramasse tous mes dessins depuis que j'ai dix ans et je suis replongé là-dedans, j'ai recyclé certains personnages. Je faisais surtout des toiles depuis un bout et j'avais envie de laisser tomber la technique, d'aller plus loin dans la folie», explique celui qui concevait d'ailleurs récemment l'affiche annonçant la grande fête du 30e anniversaire de l'école primaire alternative, prévue pour octobre prochain.
Le Carnet du Bas du Fleuve de Freud Chorus - un pseudo que Desmeules traîne depuis si longtemps que son origine lui a échappé - décline une vision à la fois attendrie et agacée, mythifiante et insolente, débile et sérieuse, d'un Québec et de ses symboles vus par la lorgnette d'un gamin qui aurait trop regardé les Simpsons (surtout les épisodes d'Halloween). Un gamin qui rendrait la monnaie de leur pièce aux adultes en répondant à leur absurdité par un authentique barrage d'absurdités. «Chacun des dessins a rapport avec une facette du Québec que je trouve absurde ou quétaine. Souvent, la ligne entre les deux est mince.»
Deux dessins portant la mention Institut Pinel et Beauce Carnaval pourraient ainsi être envisagés comme un diptyque où les fous ne sont pas forcément ceux qu'on pense. Notre passé catholique refait surface dans cet Oupelaye au «petit côté téléroman de Victor-Lévy Beaulieu», mettant en vedette un curé, une soeur et un coureur des bois. Quant à la sirène et aux créatures de la mer de Fort Lauderdale? «C'est probablement mon dessin le plus quétaine. C'est un hommage aux Québécois en vacances en Floride ou dans le Maine.»
Et qui est ce guitariste à tête de renard trônant sur Le Royaume, le visage fendu par un sourire narquois? «Ça, c'est Sylvain Cossette.» Et ce chevalier qui fait un doigt d'honneur tout au bas? «Ça, c'est Mike Gauthier.» OK.
Pour Annabelle
Tout en refusant d'appesantir ses dessins d'un discours trop intellectualisant, Mathieu Desmeules ne manque pas de se payer la gueule de quelques ténors de la droite québécoise, qui se métamorphosent sous son trait vif et coloré en risibles personnages de bande dessinée.
Lucien Bouchard en super-héros avec comme animal de compagnie, perché sur ses épaules, un Richard Martineau transformé en félin? Éric Duhaime en guerrier intergalactico-androgyne? Stéphane Gendron en colosse velu et tatoué? Voilà la psychotronique prémisse de Super drette, l'oeuvre la plus volontairement acide signée Freud Chorus. «Lucien Bouchard apparaît périodiquement de nulle part, comme un super-héros», explique l'artiste qui gagne sa croûte en dessinant des petits bonhommes pour des émissions de télé comme Pérusse Cité, Punch! ou Walter & Tandoori. «Il refait surface sans qu'on s'y attende pour dire des trucs bizarres.»
Malgré cette palpable exaspération, Desmeules demeure ce gamin qui ne trouve jamais autant de plaisir à user ses crayons que lorsqu'une petite fille lui formule une demande spéciale. «Ce dessin-là, je l'ai fait pour ma soeur de 7 ans, Annabelle», se souvient-il devant Rosemont. «Elle m'a écrit une lettre pleine de fautes dans laquelle elle réclamait que je lui dessine un t-shirt avec une fille sur un loup. Je trouvais ça cute. Il paraît qu'elle le porte tout le temps maintenant, son t-shirt, qu'elle refuse même de le laver.» La consécration.
À retenir
Freud Chorus: Carnet du Bas du Fleuve
Jusqu'au 3 mai
Centre de diffusion ArtFocus (94, rue King Ouest)