Opposition à une conférence sur le créationnisme au Cégep

Des enseignants du Cégep de Sherbrooke s'opposent à la tenue, ce jeudi, d'une conférence portant sur le créationnisme, une théorie qui rejette l'évolutionnisme, pourtant reconnu par la communauté scientifique. Ils demandent à la direction de l'établissement d'annuler la présentation.
Selon les créationnistes, la vie a été créée par une puissance divine; elle explique son origine en se basant sur une interprétation littérale de la Genèse. Selon cette doctrine, les espèces sont fixes et immuables. Le conférencier Michel Couillard, fondateur du groupe Origine Création (OC), doit faire sa présentation ce jeudi au Cégep.
 
Sur son site internet, le groupe explique qu'il offre le service d'un conférencier. «En utilisant les mêmes preuves scientifiques que celles des évolutionnistes, OC veut ainsi démontrer que tous les faits ne parlent pas par eux-mêmes: ils doivent être interprétés. Les mêmes faits, lorsqu'ils sont examinés selon une vision biblique, non séculière, peuvent mener à une conclusion différente au sujet des origines», peut-on lire.
Enseignant en philosophie au Cégep de Sherbrooke, Philippe Langlois a alerté ses collègues lorsqu'il a vu l'activité annoncée sur le site internet de l'établissement collégial. M. Langlois a fait parvenir à La Tribune une lettre ouverte signée par une quarantaine de professeurs, principalement du Cégep de Sherbrooke mais aussi d'autres institutions. M. Langlois est intervenu auprès de la direction du Cégep afin qu'elle empêche la tenue de l'événement, ce que celle-ci a refusé de faire.
Pour M. Langlois, OC s'avère un groupe fondamentaliste militant, dont les croyances vont à l'encontre d'un enseignement scientifique. «Le Cégep de Sherbrooke ne peut aller jusqu'à ouvrir son micro et son public à un groupe qui milite contre toutes les fondations de ce que les professeurs enseignent», fait-il valoir en entrevue.
«Si personne ne peut empêcher les gens d'errer et de croire à des théories aujourd'hui réfutées, la mission du Cégep est de contribuer à une révision des croyances de tous les Québécois sur la base de critères rationnels», font aussi valoir les signataires de la lettre.
La directrice des services aux étudiants, France Turgeon, explique pour sa part que la rencontre a été organisée par d'un groupe d'étudiants évangélistes. Dans un esprit d'ouverture et de tolérance, le Cégep offrirait le même accueil à un groupe bouddhiste ou musulman, illustre-t-elle. Elle explique que censurer la conférence aurait été anti-démocratique et contraire à la Charte des droits et libertés. La présentation respecte les critères que l'institution a établis pour approuver la tenue d'événement ou pour l'affichage, souligne-t-elle. À ses yeux, les étudiants sont exposés à différents points de vue et doivent être en mesure de se forger leur propre opinion.
Le conférencier Michel Couillard affirme qu'il est déjà allé dans d'autres établissements d'études supérieures auparavant. «Une opposition comme ça, c'est assez surprenant. C'est un tollé», commente-t-il en déplorant que les enseignants n'aient pas entendu ce qu'il a à dire avant de s'opposer à sa présence.
«Je ne vais pas là pour faire une prédication, mais une conférence qui va faire la démonstration que les réponses mises de l'avant ne sont pas toujours les bonnes», lance celui qui estime que les conclusions finales émises par Charles Darwin, à qui l'on doit la théorie de l'évolution, sont erronées.