Les Voyageurs Nus à bord du VN express.

On prend toujours un train

Chou, chou! Le train à extrême haute vitesse des Voyageurs Nus quitte la gare dans quelques secondes. Montons à bord du wagon du métissage et brassons-nous le bonbon au rythme du premier album de ce collectif pour qui la planète est un village, Tempo des frontières.
Pour le chanteur Matthieu Paré, le sud de l'Espagne, Séville, «c'est un comme une deuxième maison.» «J'ai acheté une guitare là-bas, une guitare flamenco. J'en joue sur Cantons-de-l'Est!» raconte-t-il au sujet d'une des pièces du premier album des Voyageurs Nus. Cantons-de-l'Est: morceau essentiellement instrumental, d'inspiration tzigane, joué à l'aide d'une guitare flamenco achetée en Espagne, et qui, pour faire bonne mesure, culmine dans la tonitruante intervention d'un chanteur russe. A-t-on vraiment besoin de souligner que les Voyageurs Nus habitent le pays du métissage tous azimuts?
À bord du VN express, un train à extrême haute vitesse qui se joue des postes de douanes, les sept musiciens sillonnent le village global, avec comme unique passeport en poche celui de la musique qui délie les hanches, d'où le titre de ce premier album attendu, Tempo des frontières.
«Le mot train revient souvent dans nos chansons, on a donc décidé de concevoir le disque et le spectacle comme un voyage en train. On part de Beyrouth, on passe par les Balkans, on franchit la France, on s'arrête au port de Séville, puis on troque le train pour un bateau. Ensuite, on traverse jusqu'à Cancún, et on remonte jusqu'aux États-Unis.» Chacune des destinations correspondant bien sûr à un genre musical, voire à plusieurs genres entrecroisés: reggae, flamenco, musique tzigane, rock, chanson, alouette.
Pour Paré, principal auteur-compositeur de cet équipage sherbrookois qui comptait également dans ses rangs au moment d'enregistrer Tempo des frontières Marc LeBreux (batterie), Elisabeth Besozzi (trompette), Martin Blouin (basse, depuis remplacé par Frédéric Bouchard), Steve St-Pierre (guitare), Jean Théberge (piano) et Nicolas Quaegebeur (trombone, depuis substitué par la trompettiste Sophianne Fillion), la nudité que suggère le nom du groupe est celle du coeur et de l'âme du bourlingueur ouvert à se dépouiller de ses préjugés, de ses oeillères et de ses a priori. Autant quand il met le pied à l'étranger que dans une salle de spectacles.
«Le voyage appelle à se dévêtir. Pour moi, voyageur nu, c'est épurer son esprit et sa manière d'être. J'avais comme voisin quand j'étais petit un Mexicain et dès qu'il est arrivé, j'ai voulu l'aider à s'intégrer. J'ai constaté dès ce moment-là ce que c'est d'être différent et je suis toujours demeuré très sensible à la différence. Voyager nu, c'est être capable de juste assez déshabiller son identité québécoise pour comprendre l'autre.»Combattre le plastique
Quête d'authenticité, le voyage nu? C'est ce qu'on conclut du moins à l'écoute de 2008 Plastic World, bouillonnant ska fustigeant l'emprise de plus en plus étroite du carton-pâte sur le monde. Matthieu Paré défend ce funeste constat en se remémorant, comme de raison, un voyage.
«L'an dernier, je suis allé en Malaisie avec ma blonde et notre séjour n'a fait que renforcir ce que je pensais au moment d'écrire cette chanson-là. On a visité Sentosa, une île artificielle littéralement créée pour les touristes: plages artificielles, palmiers artificiels, gens artificiels. Ça m'a fait mal de voir ça, je me sentais sale, je voulais me laver de tout ce plastique-là.»
Loin de baisser les bras face à cette planète parfois désespérante, nos globe-trotteurs en costumes d'Ève et d'Adam entendent bien continuer d'inventer avec leurs instruments des destinations inédites en métissant les rythmes, les cultures et les langues, autant de refuges pour tous ceux qui comme eux rêvent d'un monde sur lequel seule la tyrannie du rythme règnerait.
«L'autre fois, on jammait et on se demandait: "Qu'est-ce qu'on n'a jamais fait?" se rappelle la trompettiste Elisabeth. On a décidé ce soir-là de mélanger un tango et un reggae. Ça a donné une poutine pas mal délicieuse!»
À retenir
Lancement de Tempo des frontières
Vendredi 28 février à 21 h
Boquébière (50, rue Wellington Nord)