On est tous des peureux

«J'ai peur de tout.»
Cette fille - non, cette femme, est assise là, devant moi, chez moi, on jase de la vie pis de ce qui en fait partie, on prend une bière, on chasse les moustiques d'une main, on amuse les chiens de l'autre. Mais surtout, on jase de la vie pis de ce qui en fait partie: les enfants, la job, l'amour, le talent, les passions pis les rêves qui vont avec, la nécessité de les arrimer. Elle devrait tellement, cette femme bourrée de talent.
«Oui mais... J'ai peur de tout.»
Ça m'a hantée pendant des jours, ça me hante encore, la preuve. J'en ai reparlé avec ma douce.
«C'est fou, non?!»
«Oui. Pis non...»
Ouin. Non. C'est sûr que de temps en temps, t'entends ça: y a peur de rien, lui! Y a rien qui l'arrête, elle. Mais t'sais, c'est rare quand même. Pis c'est rarement vrai.
Là, y a eu comme une longue pause d'écriture, le temps que je finisse mon café pis que je pense aux miennes, mes peurs. Ben oui.
Vite de même entre deux gorgées, y a mourir et les couleuvres/serpents qui me viennent tout de suite en tête. Y a aussi péter en public, mais ça j'pense que ça s'écrit pas. Pis que c'est une peur commune.
Anyway. Les couleuvres/serpents, y a rien à faire sinon mettre mes bottes à tuyau quand je vais près de l'étang ou des cordes de bois, pis respirer longuement après avoir crier mon dédain.
La peur de mourir, c'est un peu compliqué. Y a l'action de mourir, ça c'est tel que tel, je me dis que peu importe comment, j'en tirerai aucun fucking plaisir, mais qu'au moins c'est circonscrit dans le temps, y a comme un début pis une fin, même si d'un point de vue purement philosophique (pis assez logique) tu commences à mourir pas mal quand tu arrives au monde.
Mais anyway, c'est pas tant de mourir qui me fait peur que l'idée de l'inexistence. Ne plus exister un moment donné, pis pour tout le temps, c'est une idée qui me tue.
Ça, c'est pire que les couleuvres/serpents, tu l'auras compris, parce que t'auras beau mettre tes bottes à tuyau pis respirer longuement après avoir crier ton dédain, ça va pas se sauver dans le bois en rampant, la mort pis l'inexistence. Ça va forcément entrer dans tes bottes un moment donné.
Mais ça, c'est mes peurs à moi.
La fille - non, la femme devant moi, sa peur de tout, elle ne l'a pas nommée autrement que par la peur de tout. La peur de tout, c'est souvent la peur de l'inconnu, la peur de sauter dans le vide, la peur du vide. Pis le vide, c'est ben des peurs. Fucking catch 22.
Mais la conversation s'est arrêtée là. Pour l'instant.
J'attends qu'elle revienne de vacances pis qu'il y ait un peu moins de moustiques. Je vais aller chercher de la bière, pas juste un sixpack parce que je sens que ça va être long la discussion, pis on va reprendre ça. Pis on mettra nos bottes à tuyau, juste au cas...