Valérie Whissell arborant un de ses t-shirts.

OK la v'là

Valérie Whissell a choisi avec son ITs OK Project de devenir l'héroïne de sa propre existence. Elle est celle qui frappe dedans la vie, à grands coups d'amour et d'art.
«C'était quoi la question déjà?» demande Valérie Whissell, en reprenant son souffle entre deux phrases fleuves. L'artiste parle comme une rivière endiguée, qu'on laisserait enfin couler librement pour la première fois depuis trop longtemps. Cheveux en bataille, sourire timide mais assuré, mains constellés de tâches de peinture; elle marche à toute vitesse sur Wellington Nord, en direction vers le café où nous nous rendons, parle rapidement, comme une fille qui a fait le choix d'embrasser la vie à pleine gueule. Le soir précédent, elle lançait officiellement chez ArtFocus son ITs OK Project. La décharge d'amour reçue la propulse visiblement.
Qu'est-ce que le ITs OK Project? Concrètement, on parle d'un site web (www.itsokproject.com) ainsi que d'une série de gaminets, de cartes de souhaits, de macarons et d'aimants frappés de phrases inspirantes propres à mettre de l'essence dans le réservoir de qui serait resté en panne sur l'accotement du quotidien. Des phrases presque toutes en anglais, parce que Valérie a grandi dans un foyer bilingue, et parce qu'elle ambitionne de faire essaimer la «vibe ITs OK», comme elle dit, partout sur la planète (rien de moins).
«Love will save the day», «May your heart be filled with love, warmth and inner peace for years to come» ou «Be your own hero», peut-on lire sur ces produits dérivés, objets du quotidien subvertis au nom de l'art et de la pensée positive.
Le ITs OK Project, c'est aussi ces jours-ci une exposition à l'affiche au Centre d'art de Richmond qui regroupe une série de petits formats mêlant dessin, graffiti, photo et peinture, «mes bulles du jour», oeuvres d'abord mises en ligne sur les réseaux sociaux à la petite semaine, relayant elles aussi des phrases auxquelles s'accrocher.
Mais au fond, le ITs OK Project, c'est l'histoire d'une fille qui a décidé, après avoir chassé les démons qui avaient établi leurs quartiers entre ses deux oreilles, d'accepter qui elle était vraiment et de devenir l'héroïne de sa propre existence.
Elle revient pudiquement sur cet épisode qui l'aura trainée jusqu'au fond du baril - «c'est un miracle que je sois encore en vie» - et duquel elle se sera d'abord extirpée en déversant ses noirs tourments sur des toiles toutes aussi noires. Son exposition Borderline, présentée en 2011, était hantée par des créatures menaçantes et des phrases comme «I fell in love with the dark».
«J'ai réalisé avec la réaction des gens que l'énergie négative propageait l'énergie négative, observe la Sherbrookoise. J'ai pris conscience qu'on est responsable de l'énergie qu'on propage. It's OK, c'est une expression qui me suit depuis plusieurs années. J'avais commencé à me l'écrire sur les bras quand ça allait mal, pendant ma dépression.» La phrase porte-bonheur est aujourd'hui et pour toujours gravée dans l'épiderme de son poignet droit.
«Maintenant, je veux propager des messages d'espoir et d'amour, apporter une petite lumière de réflexion dans la journée des gens.»
Es-tu OK?
C'est correct d'être différent, d'être qui l'on est, de filer un mauvais coton, répète Valérie Whissell de toutes les manières possibles avec son ITs OK Project, qui souhaite par ailleurs braquer la lumière sur les enjeux liés à la santé mentale et la communauté LGBT.
Qu'elle ait choisi comme véhicule des objets du quotidien - des chandails ou des cartes de souhaits - témoigne de son désir de placer l'art au coeur de la vie et de voir son message irradier partout autour d'elle, pas juste dans les centres d'artistes et les galeries.
«On a besoin du positive state of mind», dit-elle, alternant entre le français et l'anglais. «C'est correct de vouloir vivre tes rêves, mais c'est correct aussi de passer une mauvaise journée, tomorrow will be a better one
Quatre phrases leitmotiv constituent la charpente du projet: la fameuse «ITs OK» (parce qu'il faut accepter qui l'on est), «ITs not OK!» (parce qu'il faut dénoncer ce qui doit être dénoncé), «Is it OK?» (parce qu'il faut questionner ce qui nous chicote) et «Are you OK?» (parce qu'il faut s'assurer que les autres vont bien).
Elle raconte: «Cet été, j'ai fait un graffiti "Are you OK?" sur la Sainte-Catherine à une heure du matin, juste à côté d'une prostituée. Je venais d'arriver à Montréal et j'étais très happée par toute la détresse qu'il y a au centre-ville. Je voulais juste dire à la fille que je lui souhaite d'être bien, je lui souhaite de la paix. Je passais à vélo avec mes cannettes, j'avais besoin de m'exprimer. Je sais que mon pouvoir est petit, mais si on remplit le monde avec de l'amour et des messages positifs, peut-être que ceux qui en ont besoin vont finir par le sentir.»
À retenir
Visitez le site web du ITs OK Project.
L'exposition ITs OK
Jusqu'au 1er mars
Centre d'art de Richmond