Lucie Mandeville

Miss bonheur et la maladie

Lucie Mandeville se qualifie, un peu à la blague, mais pas tant que ça, de « miss bonheur ». Cette émotion est effectivement un sujet récurrent dans la carrière de la psychologue et auteure sherbrookoise; son plus récent livre, Malade et... heureux?, ne fait pas exception, bien qu'il traite de la maladie.
L'inspiration pour ce troisième ouvrage lui est venue à la suite du décès de son père, après une longue période difficile de maladie.
« Après ce qui est arrivé à mon père, je me suis dit que je ne voulais jamais que moi ou mes proches soyons malades. Évidemment, c'est impossible. Je me suis donc dit qu'il y avait peut-être moyen de vivre ça autrement. »
C'est à partir de ce moment que celle qui est aussi professeure titulaire au département de psychologie de l'UdeS a commencé à s'intéresser au milieu hospitalier, à recueillir des récits de personnes malades et de médecins. « Et ça continue!, lance-t-elle en souriant. Régulièrement, j'entends l'histoire de gens qui me racontent que des choses ont changé dans leur vie depuis la maladie. »
Le livre raconte justement les histoires de personnes qui ont vécu avec des maladies importantes. Mais ce qu'il raconte surtout, ce sont les attitudes de ces gens à travers la maladie. Optimisme, ruse, joie de vivre, sérénité ou encore sociabilité sont autant de traits de caractère qui ont allégé des parcours souffrants. « Dans le livre, on s'intéresse aux gens qui ont des traits de caractère positifs face à la santé, on regarde comment ils font pour réagir à la maladie », raconte l'auteure. L'objectif étant, bien entendu, de tenter par la suite d'appliquer ces propres attitudes dans nos vies - malade ou pas.
En plus de constater les bienfaits que peuvent avoir ces attitudes pendant l'étape de la maladie, l'auteure souligne comment chez certains, la maladie donne l'occasion de voir la vie telle qu'elle est vraiment, ce qui peut mener à des changements positifs radicaux dans leur vie.
C'est donc dire que parfois, même si cela peut paraître paradoxal, la maladie amène à vivre mieux.
Mais attention, souligne d'emblée Lucie Mandeville. « Je ne veux vraiment pas passer le mot que c'est bien d'être malade. »
Sujet délicat
D'ailleurs, en écrivant ce livre, Lucie Mandeville savait qu'elle s'aventurait en terrain délicat. Si les liens entre le corps et l'esprit sont étudiés depuis plusieurs dizaines d'années en psychologie, les épidermes restent sensibles lorsque le sujet est abordé.
« Il y a comme une chasse gardée dans le milieu scientifique, parce qu'il y a la crainte que les gens présupposent que les attitudes ont tellement de pouvoir qu'on peut guérir juste avec elles », estime l'auteure, qui qualifie d'ailleurs cette idée de « dangereuse ».
Celle-ci précise que loin de prétendre que les maladies peuvent être guéries simplement avec des attitudes, son livre a plutôt la mission de créer un « pont » entre la médecine et la psychologie, d'unir les forces des spécialistes pour mettre toutes les chances du côté des malades.
« Ne lâchez pas les solutions mises en place par la médecine, mais sachez qu'il y a autre chose qu'on peut faire et qu'on doit faire », résume-t-elle.
L'objectif est aussi de réaliser le rôle que chacun peut avoir dans son parcours à travers la maladie, de se redonner un pouvoir que l'on peut croire perdu lorsque nous sommes sous l'emprise d'une maladie devant laquelle on se sent impuissant.
Le livre est sur les tablettes depuis le 29 janvier.