Bernard Coulombe

Mine Jeffrey doit abandonner ses droits miniers

Après avoir dû mettre fin à son projet d'exploitation du chrysotile à la suite du retrait du prêt de 58 M$ qui lui avait été consenti, l'entreprise Mine Jeffrey doit maintenant se résoudre à abandonner ses droits miniers afin d'officialiser avec le gouvernement du Québec une entente relative aux compensations qui lui seront versées pour les impacts de cette décision gouvernementale.
Une telle entente pourrait être conclue d'ici le début du mois de mars.
«Une clause stipule que la compagnie doit abandonner ses droits miniers. On ne peut nous les enlever, mais pour signer l'entente, on nous demande d'y renoncer officiellement. Cela signifie que nous ne pouvons plus faire d'exploitation minière. Ce n'est pas facile pour nous d'y renoncer parce que nous avons un droit, un bail minier à vie, acquis depuis le début du siècle, et ce tant que le gisement n'est pas épuisé. Le gouvernement nous dit d'abandonner ces droits et indirectement, met un point final à notre exploitation minière», confie le président de la minière, Bernard Coulombe.
Cela ne signifie toutefois pas qu'il jette définitivement l'éponge. «J'ai pris la précaution de compiler sur un disque les données techniques de la réserve de minerai souterrain et de la construction de la mine souterraine, avec une copie déposée au ministère des Richesses naturelles. Il reste ici, sous terre, le plus grand dépôt de minerai de chrysotile prouvé au monde. C'est une ressource naturelle qui appartient au Québec, à ses citoyens. J'ai pris également le soin que la mine souterraine ne contienne aucun contaminant avant de la fermer, les zones d'exploitation tant souterraines qu'à ciel ouvert sont très propres, elles restent en veilleuse indéfiniment.»
Des projets pour le site
Le président de Mine Jeffrey a également fait part que pour les 50 prochaines années, la fosse minière sera nourrie par une nappe phréatique dans un rayon de cinq à dix kilomètres autour de la mine. Selon les prévisions élaborées, cette nappe y coule régulièrement à raison de deux millions de gallons d'eau par jour. C'est une réserve d'eau extraordinaire.
«Je cherche des entreprises à travers le monde qui utilisent de l'eau industrielle dans leur procédé et qui ont besoin de cette eau devenue dans plusieurs pays une denrée rare. Ce n'est pas une eau dite potable, mais très propre et pouvant servir à des fins industrielles. Nous pourrions offrir cette eau à bon compte à des entreprises dont la ressource eau est une matière première critique, sans déranger personne. Ce n'est pas de l'eau que l'on exporterait, une ressource également renouvelable.»
D'autre part, Bernard Coulombe confirme vouloir poursuivre les travaux visant à revégétaliser les haldes de résidus miniers avec l'objectif de faire des cultures de biomasses à moyen terme. Les tests réalisés à ce jour se sont avérés très positifs.
Un projet d'éoliennes est toujours «dans l'air» et a été déposé au gouvernement du Québec, un projet qui s'amorcerait aussi sur ces haldes.
«Ce que j'ai décidé de faire, parce que ce fut un grand choc, un grand deuil pour moi, c'est de tirer le meilleur parti de cette fermeture, de faire contribuer mon complexe à la diversification économique du milieu tout en préservant la ressource minérale. Je me suis donné une vocation complémentaire, parallèlement à ma retraite partielle, soit de m'assurer de la préservation de la ressource à long terme et que le complexe Jeffrey serve aux efforts de diversification économique. J'en retire une certaine satisfaction en cette fin de carrière et mon deuil est moins grand», conclut-il avec philosophie.