Luce Samoisette

Mauvaises surprises pour les universités

Les dirigeants d'universités ne semblent pas au bout de leurs peines. Pour certaines institutions, dont Bishop's, les mesures d'étalement des compressions convenues avec Québec ne sont peut-être pas une option avantageuse afin de faire face aux coupes budgétaires. À l'Université de Sherbrooke, les modalités d'application soulèvent plusieurs interrogations.
Les recteurs ont aussi appris, en décembre dernier, que les compressions appliquées sur le réseau sont récurrentes, indique Hélène St-Amand, vice-principale aux finances et à l'administration de Bishop's. «On perd 1,2 M$ de façon récurrente», dit-elle au sujet de l'institution anglophone. Reste à voir si l'université sera perdante ou gagnante si l'on tient compte du réinvestissement promis par le gouvernement Marois (1,7 milliard à compter de 2014-2015)... Le tableau soulève des doutes.
Des directives ou un projet de règles budgétaires, en prévision du dépôt des budgets des universités, montrent que l'étalement des compressions, aussi appelée la bascule (en raison des différentes années financières des universités et du gouvernement), n'est pas nécessairement avantageux. Compte tenu des informations dont elle dispose, Bishop's ne croit pas se prévaloir de ces mesures d'étalement. Cela aura donc des impacts sur son prochain budget : il est peu probable qu'il soit équilibré.
«Mais ça ne sera pas réglé tant qu'on n'aura pas toute l'information», observe Mme St-Amand. La situation peut varier d'une université à une autre.
La rectrice de l'Université de Sherbrooke, Luce Samoisette, fait valoir que le projet de règles budgétaires soulève plusieurs questions, comme les modalités d'application. L'UdeS veut notamment avoir des précisions sur l'étalement des compressions en fonction de l'entente prise avec Québec.
Selon le scénario sur la table au départ, l'UdeS faisait face à des compressions d'environ 11 M$ pour l'année 2012-2013; environ 5,5 M$ devaient être récupérés d'ici la fin avril 2014, tandis que le reste de la somme devait être épongé sur cinq ans. Les compressions étaient également de 11 M$ pour l'année financière 2013-2014, et elles devaient être étalées à compter de l'année suivante sur sept ans. Mme Samoisette ne s'est pas avancée sur le scénario actuel, en fonction des données disponibles. Compte tenu du déclenchement des élections, les questions demeurent en suspens.
Par ailleurs, les recteurs se sont invités dans la campagne électorale, lundi. Mme Samoisette et le recteur de Bishop's, Michael Goldbloom, sont au nombre des signataires d'une publicité nationale visant à remettre le financement de l'éducation supérieure à l'avant-plan.
«L'enseignement universitaire, cet enjeu crucial dont aucun parti ne parle», pouvait-on lire en grosses lettres dans le quotidien La Presse.
Les 16 signataires font valoir que «les universités québécoises disposent aujourd'hui en moyenne d'environ 5000 $ de moins par année que les universités du reste du Canada pour former un étudiant». Ils demandent donc aux chefs de quatre partis (PLQ, QS, CAQ, PQ) de prendre «l'engagement d'accorder d'ici 2020 aux universités québécoises un financement équivalent à la moyenne canadienne».
«On trouve que dans le cadre de la campagne électorale, on ne parle pas d'enseignement universitaire. On veut que les quatre partis prennent un engagement vis-à-vis de l'enseignement supérieur», explique Mme Samoisette, tout en soulignant que l'éducation s'avère «un sujet incontournable». La rectrice souhaite que les partis s'engagent à dire quels sont leurs objectifs de diplomation. «Quand on pense que ça a dominé les manchettes durant plusieurs mois, et qu'on en parle plus, c'est inquiétant [...]», commente M. Goldbloom.