Matières dangereuses: «On ne lâchera pas»

De l'avis du monde municipal, il y a eu de bonnes avancées pour sécuriser le transport des matières dangereuses sur les voies ferroviaires au pays depuis la tragédie de Lac-Mégantic, mais le travail ne fait que commencer.
<p>Vicki May Hamm</p>
« Non, ça ne va pas assez vite. Non, ce n'est pas suffisant. Mais ça va beaucoup plus vite que ça ne l'a jamais été et on n'avait jamais été considéré dans les lois fédérales avant. On a fait des pas de géant, en peu de temps quand même, et on va continuer à pousser. On ne lâchera pas », résume la mairesse de Magog Vicki May Hamm, qui est aussi représentante de l'Union des municipalités du Québec à la Coalition municipale transfrontalière pour la sécurité ferroviaire.
La Coalition a été initiée par l'UMQ pour unir les voix, pour ne plus jamais qu'un Lac-Mégantic se reproduise.
Elle réunit des représentants d'associations municipales du Maine, du Vermont, de l'Illinois et du Nouveau-Brunswick.
Ils voisinent les mêmes voies ferrées, empruntées par les mêmes trains, et ils partagent donc les mêmes préoccupations et semblables contraintes de juridiction. Ils se sont réunis pour la première fois à Lac-Mégantic en décembre puis ont été entendus à Washington dans une visite très médiatisée en mars.
À Washington, relate Mme Hamm, des spécialistes en matières dangereuses « nous ont admis qu'après la tragédie de Lac-Mégantic, ils ont tiré des leçons eux aussi. Ils savent que ça aurait pu se produire chez eux. Ils ont donc fait beaucoup d'analyses sur le pétrole brut qui était transporté et ce n'est qu'après la tragédie et après les analyses qu'on a su réellement ce que transportaient ces trains-là (...). Outre tout ce qu'on revendiquait déjà, c'est assez alarmant de dire qu'on ne savait même pas ce qui traversait nos communautés. En quelque part, on laissait des compagnies privées transporter à peu près n'importe quoi dans nos communautés. »
Au Canada, la ministre des Transports Lisa Raitt a annoncé en avril des mesures pour répondre à trois recommandations du Bureau de la sécurité des transports, dont le retrait accéléré des wagons-citernes DOT-111 les plus fragiles et dont on décrie les lacunes depuis 20 ans.
Aux États-Unis, ce sera plus difficile de faire changer les choses à cause de l'année électorale qui approche, estime Mme Hamm, « mais ils nous ont invités à maintenir la pression ».
Il est intéressant aussi de voir que des deux côtés de la frontière, il y a un peu de compétition qui se fait pour resserrer les règles et répondre aux recommandations du BST, qui sont les mêmes au Canada et aux États-Unis, constate-t-elle.
Personne n'oubliera
Un an plus tard, y a-t-il des craintes que la pression se relâche et que les autorités décident qu'elles en ont assez fait?
« Je pense que Colette (Roy Laroche, la mairesse de Lac-Mégantic) s'est donnée comme mission - et on va tous l'appuyer là-dedans - de ne laisser personne oublier tant qu'on n'aura pas atteint nos objectifs du plan d'action de l'UMQ pour assurer la sécurité de nos citoyens. »
À chaque occasion, l'UMQ continue et continuera à marteler le message, assure Mme Hamm, qui bataille avec la même détermination, d'autant plus que sa ville présente un profil semblable à celui de Lac-Mégantic avec son lac, sa voie ferrée en pleine ville et ses industriels qui réclament de plus en plus la desserte ferroviaire.
« Moi, ce que je veux personnellement, c'est avoir l'information en temps réel de ce qui passe dans ma communauté. Je ne me satisfais pas d'un rapport une à deux fois par année. Ça aide pour préparer des plans de mesures d'urgence (...), mais je ne sais toujours pas ce qu'il y a dans les wagons dans les minutes qui suivent s'il y a un déraillement ou un déversement. La technologie permet qu'on ait ces informations en temps réel. »
Dans nos pages vendredi, alors qu'il réagissait aux nouvelles mesures annoncées par Lisa Raitt, le vice-président de la Fédération québécoise des municipalités et maire de Sainte-Catherine-de-Hatley Jacques Demers formulait le même souhait.
Notons enfin que la Fédération canadienne des municipalités a également mis sur pied un groupe de travail sur la sécurité ferroviaire. Il a réclamé des mesures urgentes et concrètes qu'il a retrouvées dans les premières recommandations du BST. Il reste lui aussi vigilant.
Quant au BST, il en est à l'étape de production de son rapport final.