Marie Fortier nomme sans hésiter sa mère Gertrude Côté-Fortier au sommet des femmes l'ayant inspirée dans la vie.

Marie Fortier, l'infirmière aux mamans

Il y a le 8 mars. Et tous les autres jours. À travers le temps et les époques, des femmes inspirent. Une mère, une amie, une icône croise la route d'une autre femme, et c'est le déclic. Portraits de femmes inspirées qui parlent de femmes inspirantes.
On l'appelle l'infirmière aux bébés parce que sa vocation date de sa jeune enfance, et que le dévouement et le dynamisme avec lesquels elle effectue son travail traduisent un amour des tout-petits qui n'échappe à personne. Infirmière clinicienne en Groupe de médecine familiale et animatrice de cours prénataux, la riante et pimpante Marie Fortier, qui a vu son implication soulignée par le Mérite estrien en janvier dernier, sait quotidiennement se faire rassurante. On pourrait aussi bien la surnommer l'infirmière aux mamans (et aux papas).
Quand on lui demande de rendre hommage aux femmes significatives de sa vie, Marie Fortier pense spontanément à sa mère Gertrude, dont elle salue le travail avec une reconnaissance manifeste.
«Avec grande vigueur, maman entreprenait sa semaine. Le lundi, le lavage, le mardi, le repassage, le mercredi, la confection et la réparation de vêtements, le jeudi, l'épicerie, le vendredi, le grand ménage de la maison, pour enfin arriver au samedi, où elle se permettait une mise en plis et une sieste sous le séchoir à cheveux. De retour à la maison, elle s'empressait de préparer des petits plats pour tous les invités, la famille et amis qui se rassemblaient chaque fin de semaine pour festoyer et jouer au canasta.»
Une vie de labeur. Et de joie partagée. Dans une grande humilité. «Ma mère est cette petite femme de 84 ans avec son sourire magnifique qui remercie la vie et le bon Dieu à tous les jours des grâces qu'il lui accorde», décrit Marie Fortier.
Le lot de cette femme ressemblait à celui de nombreuses autres de son époque. Reste que la force et l'abnégation dont Gertrude Côté-Fortier - et les autres - ont dû faire preuve méritent l'admiration.
«Maman a mis au monde 11 enfants et perdu deux d'entre eux, raconte l'infirmière. Elle s'est relevée avec détermination durant les heurts et les tournants.»
L'amour et le temps dédiés sans relâche à ses enfants n'ont pas été vains. «Ses encouragements répétés m'ont donné confiance en mes capacités profondes et en ma valeur humaine. Ce n'est pas par hasard que je suis ce que je suis. Ma mère a cru en moi et m'a montré à toujours donner le meilleur de moi-même.»
Si Marie Fortier est aujourd'hui celle qu'elle est, c'est aussi grâce à cette autre femme qui a croisé son chemin il y a 17 ans, alors qu'elle poursuivait ses études de deuxième cycle en sciences infirmières à l'Université de Sherbrooke. La professeure Denise Paul lui a appris la curiosité et la rigueur scientifique.
«Elle m'a montré à poser des questions, à chercher des réponses, et à ne rien prendre pour acquis», confie l'ancienne étudiante.
Plus encore, la docteure lui a dévoilé la riche potentialité d'expériences d'une existence. «J'ai été impressionnée par ses récits passionnés du dernier séminaire qu'elle venait de donner en Espagne, en Angleterre ou en Italie, ou d'un repas partagé en Californie avec un auteur scientifique mondialement reconnu. J'ai compris alors que le monde est ouvert. Il n'y a pas de frontière et une femme peut vivre ce genre d'événements dans sa vie.»
Décédée depuis plus de dix ans, Denise Paul contribue encore aujourd'hui à la transmission de la passion des sciences infirmières. Son don généreux à l'Université de Sherbrooke a mené à la création d'un fonds de bourses visant à souligner l'excellence d'étudiants de 2e et de 3e cycle.