Levinoff-Colbex: pas de regrets à la Fédération des producteurs bovins

Si c'était à refaire, la Fédération des producteurs bovins du Québec (FPBQ) n'hésiterait pas à payer une nouvelle fois le gros prix afin de faire l'acquisition de Levinoff-Colbex, et ce, même si elle a été forcée de fermer les portes de l'établissement après plusieurs années déficitaires.
« À circonstance particulière, il faut opter pour une réponse particulière. Là, maintenant, on ne jugerait pas pertinent de procéder à une telle transaction, mais si on se rapporte à la situation de crise de l'époque, nous croyons avoir posé les bons gestes. Il faut se rappeler la crise de la vache folle », a indiqué le directeur général de la FPBQ, Jean-Philippe Deschênes.
Ce dernier s'est d'ailleurs réjoui des conclusions de la firme KPMG mandatée pour faire la lumière sur la transaction du 1er janvier 2006 qui a permis l'acquisition de l'abattoir de Saint-Cyrille-de-Wendover des mains des frères Cola. L'étude à portée limitée révèle, entre autres, qu'aucun geste illégal ou malversation n'a été posé au moment de la transaction et que le prix payé était cher, mais pas déraisonnable.
« On accueille le rapport plutôt positivement. Il démontre que nous avons acquis l'abattoir selon sa juste valeur marchande et que ce sont des raisons hors de notre contrôle comme le taux de change et les problèmes d'approvisionnement qui ont provoqué les difficultés financières », a-t-il continué.
Le directeur fait également allusion à l'obligation de retirer certains tissus appelés matière à risque spécifié (MRS) des carcasses bovines. On a évalué à environ 45 kg les pertes encourues par tête alors qu'aux États-Unis, le gouvernement n'obligeait pas plus de 15 kg.
Des armes pour les opposants
Pour l'avocat de l'Association de défense des producteurs bovins Me Marc Vaillancourt, il ne fait pas de doute que le rapport de KPMG soulève beaucoup de questionnements sur les agissements de la Fédération. Ce dernier fait notamment allusion au fait que tous les membres du comité ministériel responsable du dossier ont qualifié la transaction de « risquée » et que la ministre de l'Agriculture de l'époque, Françoise Gauthier, a caché de l'information.
On fait également état de bonis qui ont été versés illégalement aux frères Cola, ainsi qu'à des cadeaux et contributions qui auraient été remis à la communauté juive.
En page 44, le rapport indique clairement que la FPBQ et son président se sont retrouvés en position de conflit d'intérêts dans plusieurs circonstances.
« Le rapport donne raison à notre client sur plusieurs points. Ça va nous permettre de poser des questions et de procéder à des vérifications. Nous pourrons continuer notre recherche de la vérité dans ce dossier-là. Nous sommes peut-être David contre Goliath, mais nous avons un groupe de producteurs animés par la volonté et la passion », a affirmé l'avocat.
Finies les cotisations
M. Deschênes a, par ailleurs, annoncé que les producteurs bovins en étaient à leur dernière année de cotisations spéciales dans le dossier de Levinoff-Colbex. Même si l'abattoir est fermé depuis 2012, la Fédération n'a pas encore complètement épongé les 30 millions $ investis dans l'aventure. Si plusieurs contestent, dont les membres de l'Association de défense des producteurs bovins, 90 % des producteurs ont payé leurs cotisations jusqu'à présent.