Le camp de jour en danse de Sursaut a réuni la semaine dernière plusieurs jeunes apprentis du mouvement, de la chorégraphie et de la créativité.

L'été, c'est fait pour danser

L'été, c'est fait pour jouer, chantaient jadis de mignonnes marionnettes baptisées Cannelle, Pruneau et Rigodon. L'été, c'est fait pour danser, leur réplique la compagnie Sursaut avec son camp de jour en danse. La Nouvelle a assisté au spectacle des finissants.
Vendredi dernier, fin d'après-midi. Ça grouille dans les couloirs du Centre des arts de la scène Jean-Besré, où loge la compagnie de danse Sursaut, qui imagine et conçoit depuis 1985 des spectacles destinés au jeune public et à la famille. Ambiance électrique typique des minutes précédents une importante levée de rideau. Parce que spectacle important il y aura bientôt: la quinzaine de filles (et le garçon) de 6 à 16 ans qui ont passé toute la semaine ici, au camp de jour en danse organisé par Sursaut, présenteront sur scène devant maman, papa, soeurette et frérot les pièces chorégraphiques solo auxquelles elles mettaient la dernière main il y a quelques heures à peine en répétition générale.En attendant, leurs parents entrent au compte-gouttes en déclinant le prénom de leur progéniture: «Bonjour, je suis la mère de Rosalie», «Bonjour, je suis le père de Marianne.»
«Je me suis dit que ce serait intéressant d'amener les enfants à découvrir l'infinie possibilité de la chorégraphie, du mouvement, de la créativité », explique Francine Châteauvert, la directrice artistique de Sursaut, au sujet de cette merveilleuse idée inusitée. Inusitée et salutaire; le camp de jour en danse convertit depuis 2005 enfants et préados au gros fun de la danse, que d'aucuns qualifieront de parent pauvre des arts de la scène, mal servi et peu mis en lumière par les médias de masse et le système scolaire.
Derrière Francine Châteauvert, tapissées au mur d'un des corridors du CASJB, des affiches dessinées par chacune des Marie Chouinard en herbe afin d'annoncer leur solo nous apprennent que nous assisterons tantôt au Souffle du Nord d'une certaine Rosalie, au Solo jusqu'au bout de Nymphéa, au Tourniquet de Laura, on en passe et des meilleurs. Il faut bien faire la promotion de son show!
«On veut les initier à toutes sortes de techniques et de styles de danse, mais surtout que les enfants créent comme ils veulent créer, qu'ils dansent comme ils veulent danser», insiste la chorégraphe. Au programme cette année: des ateliers de danse créative, de danse gitane, d'acrobatie, de danse urbaine, de création chorégraphique, de mouvements avec accessoires, de danse contemporaine et d'arts visuels.
Pour Francine Châteauvert, le camp de jour en danse s'érige en observatoire privilégié afin de mesurer comment le rapport que les enfants entretiennent avec leur corps se transforme. «Notre corps contient notre histoire, note-t-elle. On le voit quand quelqu'un n'est pas à l'aise dans son corps, ça doit être souffrant! Les enfants, eux, sont complètement dans leur corps, ils l'habitent entièrement. C'est dommage que l'être humain, en vieillissant, oublie souvent son corps.»
Le lézard et sa mouche
L'étoile du spectacle des finissants du camp dans le coeur de l'auteur de ces lignes: la sémillante Lilirose, six ans, et son court solo intitulé Le lézard qui cherche sa mouche (l'intrigue est toute contenue dans le titre).
Difficile malheureusement d'arracher une phrase éclairante ou une fulgurante déclaration à la petite créatrice qui, à l'instar des grands génies de ce monde, affiche déjà un air studieusement circonspect. En clair, mademoiselle s'est dérobée à nos questions en se réfugiant derrière la jambe de maman Valérie. Le sourire de diablotine et la pupille pétillante magnifiés tantôt sur scène par les projecteurs avaient cédé leur place à une moue timide et à des joues empourprées.
Semblable circonspection chez son frère aîné Samuel, le seul garçon de cette cohorte du camp de jour. Vêtu d'un veston trop grand et d'une cravate, l'apprenti Édouard Lock avait livré quelques minutes auparavant devant le parental public une très masculine chorégraphie en maniant un parapluie comme une épée au son de Reflektor d'Arcade Fire.
Maman Valérie vient à notre rescousse. «Lilirose et Samuel sont très créatifs et le camp leur permet de s'exprimer. À la maison, ce n'est pas rare que je mette de la musique sans avertissement et qu'on danse ensemble, qu'on improvise. Samuel me disait même cette semaine: "J'aime mieux improviser, faire les mouvements comme je les sens que d'avoir à suivre quelqu'un."»
A-t-on besoin de meilleure preuve que l'école de la danse est aussi un peu, beaucoup, une école de vie?