L'essence toujours moins chère à Drummondville

Le prix de l'essence à la pompe a baissé légèrement à Sherbrooke au début des vacances de la construction, ce qui est un phénomène rare pendant les grandes vacances, mais les Sherbrookois sont encore très loin du prix à la pompe pratiqué à Drummondville. L'écart frôle les dix sous le litre, à moins d'une heure de route. De quoi en faire grimacer plusieurs.
Vendredi à Sherbrooke, le prix de l'essence ordinaire se chiffrait à 139,4 ¢ le litre alors que le prix était 9 ¢ plus bas à Drummondville. Quel phénomène explique cet écart majeur de prix entre deux marchés aussi près l'un de l'autre?
«Les marges au détail sont très minces à Drummondville en raison de guerres de prix qui font très mal aux détaillants», explique Sonia Marcotte de l'Association québécoise des indépendants du pétrole (AQUIP). Même son de cloche du directeur adjoint à la recherche et aux affaires publiques de chez CAA-Québec, Philippe St-Pierre. «Assurément qu'il y a un volume de vente important puisque c'est très passant, mais on a depuis longtemps des marges au détail très près du coût d'acquisition à la raffinerie.»
Cette marge se chiffre à 1,6 ¢ le litre à Drummondville pour la dernière année, la plus basse de la province. Un profit qui a continué de fondre depuis l'ouverture en 2012 du Costco doté d'un poste à essence.
«D'avoir un Costco, qui a une politique très agressive sur le prix de vente et qui ne s'en cache pas, ça vient un peu consolider le fait que le coût à la pompe sera bas, car c'est certain que tu ne veux pas être celui qui a le prix le plus élevé alors tu n'as pas le choix de suivre», analyse M. St-Pierre.
La situation qui fait le bonheur des consommateurs et des visiteurs à Drummondville et l'envie de bien des Sherbrookois inquiète depuis longtemps l'AQUIP. Celle-ci prévient que cette guerre de prix pourrait nuire à la région à long terme. «Lorsque viendra le temps pour certains détaillants de réinvestir dans leurs équipements, peut-être prendront-ils la décision de fermer plutôt que de poursuivre cette guerre», observe Mme Marcotte.
Les marges et Sherbrooke
Les automobilistes estriens estiment qu'ils doivent souvent composer avec un prix élevé du litre à la pompe et subir des augmentations soudaines à la veille des longs congés ou des vacances annuelles dans le secteur de la construction. La Tribune fait le point sur la situation locale.
Phénomène peu commun cette année : le prix de l'essence ordinaire a régressé de 2 ¢ le litre à Sherbrooke au début des vacances de la construction, passant de 141,4 ¢ à 139,4 ¢ le litre. L'an dernier, le tarif avait grimpé jusqu'à 143.5 ¢ le litre au même moment de l'année. Une situation comme celle de l'an dernier enrage plusieurs vacanciers qui blâment les détaillants pour leur mauvaise foi.
Pour bien cerner l'enjeu du coût de l'essence à la pompe, il faut retracer tout son cheminement, car plusieurs facteurs influencent le prix ultimement payé par le consommateur. Le Québec est avant toute chose tributaire des fluctuations du marché du pétrole brut, qui est géré à la bourse de New York. C'est ce qui explique qu'un ouragan au sud de la frontière influence généralement le coût déboursé ici. Une fois raffiné en essence, le détaillant revend son produit en s'allouant une marge au détail qui lui permet de couvrir les frais d'opérations de son commerce.
Dans la région de l'Estrie, l'AQUIP fixe à 5,5 ¢ le litre la marge au détail minimale requise pour une commercialisation efficace. Chez CAA-Québec, on note que cette marge a atteint en moyenne 6,6 ¢ le litre dans la région au cours de la dernière année.
Dans la semaine qui a précédé les vacances de la construction, le coût payé à la pompe est demeuré identique à 141,4 ¢ le litre à Sherbrooke. Pendant ce temps, le prix d'achat à la raffinerie, lui, diminuait, de sorte que la marge au détail a atteint 9,2 ¢ le litre le 18 juillet.
«Lorsqu'on a une stabilité à la pompe, le consommateur est souvent perdant. Généralement c'est la règle, explique Philippe St-Pierre, directeur adjoint à la recherche et aux affaires publiques chez CAA-Québec. Une marge de 9 ¢ le litre, c'est très élevé.»
«Parfois, ça augmente d'un bond parce que la marge de détail a longtemps été comprimée», réplique la présidente de l'Association québécoise des indépendants du pétrole (AQUIP), Sonia Marcotte.
Celle-ci rappelle que durant l'été, la courbe de prix de l'essence augmente inévitablement à cause de la théorie de l'offre et de la demande, soutient-elle. «En été, il y a plus de déplacements en Amérique du Nord, la demande est plus élevée et le prix du pétrole augmente.»
En Estrie, l'an dernier, le coût de l'essence au mois de juillet a dépassé de 4,1 ¢ le litre la moyenne annuelle de la région. Cette année, en juin seulement, c'est une différence à la hausse de 2,6 ¢ le litre.