The Great Novel s'arrête au Boquébière ce samedi.

Les vagabonds pas solitaires

«La route, c'est la vie», écrivait un certain Ti-Jean, papa des beats. Une idée que corrobore depuis le fond d'une vannette le leader de la formation The Great Novel, Endrick Tremblay. Coup de fil.
Quelque part sur la route entre l'Outaouais et Terrebonne, Endrick Tremblay est un peu lendemain de veille. Mais Endrick Tremblay ne pourrait être plus heureux. Depuis le 9 juillet, son groupe The Great Novel avale, avale et avale de l'asphalte à bord de la caravane du Northern Ramblers Roadshow, affiche qu'il partage avec le folk singer torontois Greg McEvoy. «On a été pas mal sages depuis le début, mais hier après le show au Petit Chicago [à Gatineau], on l'a un peu échappé», explique-t-il en excusant à l'avance ses propos un peu embrumés.
Heureux le Endrick, maintenant qu'il a enfin la chance de combler l'écart entre la réalité et la vie de vagabond qu'il fantasmait sur plusieurs de ses chansons peuplées de clochards célestes. Heureux maintenant qu'il peut enfin goûter à ce régime de beurre d'arachide et de sardines en boîtes qui est celui de sa bande depuis le début de sa plus longue tournée à ce jour, amorcée en Ontario il y a trois semaines et qui culminera fin août dans les Maritimes. Heureux, on le répète, maintenant qu'il ne vit plus que par procuration ce picaresque quotidien de barbe mal taillée, d'hygiène un peu négligée et de dodo sous une tente au gré de l'hospitalité des fans charitables qui acceptent de leur céder pour la nuit une partie de leur terrain.
«Au trois quarts du show, je dis au micro qu'on n'a pas de place où dormir et que si quelqu'un acceptait de nous laisser planter notre tente chez-lui, ce serait fou, raconte le charismatique chanteur et guitariste. On finit toujours par faire des rencontres cool.»
Des rencontres cool, comme celle d'un certain Josh Primeau, énigmatique punk rockeur croisé à Peterborough. Truculente anecdote digne d'une grande chanson de Warren Zevon.
«On jouait dans un bar, il n'y avait pas trop de gens, mais ceux qui étaient là étaient dedans. Il y avait aussi un gars qui buvait sa bière tranquille, qui avait l'air de s'en foutre. C'était Josh. Il ne s'en foutait pas pantoute. Il nous a invités chez lui, on a dormi sur le bord de sa piscine creusée, il nous a fait des saucisses sur le barbecue le matin. Il voulait nous suivre jusque dans la prochaine ville, à Kingston, mais on n'avait pas de place. La première personne qu'on a vue en arrivant à Kingston, c'est Josh, avec sa chemise hawaïenne et ses lunettes de soleil. Il avait fait du pouce. Le lendemain, il nous a encore suivis à Ottawa, il avait apporté du moonshine qu'il avait fait lui-même.»
Tout le monde ensemble sur scène
Avec ses bretelles, ses banjos et son amour pour le storytelling, les membres de The Great Novel auraient merveilleusement pu se fondre au décor du Inside Llewyn Davis des frères Cohen, regard tendre sur le Greenwich Village des années 60 et sur l'esprit de communauté qui y régnait. Le même Greenwich Village dont Endrick Tremblay décline une vision sublimée dans New-York City in the 60's, fougueux extrait du récent EP Buffalo Trace.
C'est cet esprit de communauté un peu suranné qui prévaut pendant le Northern Ramblers Roadshow. Plutôt que présenter deux spectacles distincts, The Great Novel et Greg McEvoy partagent tout au long de la soirée la scène, tout le monde jouant pendant les chansons des autres, comme lors de la Rolling Thunder Revue de Dylan ou des grands concerts de Crosby, Stills, Nash and Young.
Serez-vous surpris si on vous dit que The Great Novel enregistrait récemment la chanson-thème d'une série radiophonique consacrée à Jack Kerouac, qui sera diffusée cet automne sur les ondes de Radio-Canada? On ne le répète jamais trop: la route, c'est la vie.
À retenir
The Northern Ramblers Roadshow
Samedi 2 août à 21h
Boquébière (50, rue Wellington Nord)