L'inauguration du monument commémoratif du 6 juillet 2013 dans le parc de l'église Sainte-Agnès a été suivi d'une minute de silence à la mémoire des 47 victimes.

«Les mots nous manquent»

La communauté de Lac-Mégantic a de nouveau été chaleureusement entourée, toute la fin de semaine, pour traverser cette étape difficile de la commémoration du premier anniversaire de la tragédie qui a emporté 47 des siens le 6 juillet 2013.
Dans la foule réunie devant l'église Sainte-Agnès, dimanche matin, pour suivre la cérémonie religieuse sur grand écran, il y avait des parents, des amis, des voisins et des visiteurs, venus redire la solidarité, l'émotion, le réconfort.
« Les mots nous manquent pour les consoler, mais je pense que la solidarité peut aider », soutient Richard Lefebvre, un Méganticois qui était là pour soutenir des amis qui ont perdu des proches.
« On était là aussi l'an dernier, relate Gaétan Lambert, de Saint-Valérien-de-Milton. Cette année, je ne voulais pas venir parce que je trouve ça tellement désolant... Finalement je suis content d'y être. Il faut être solidaires. »
« On a connu le grand verglas de 1998 où on a été privés d'électricité pendant 30 jours, ajoute sa conjointe Pierrette. On a eu de l'aide de partout alors c'est notre façon de redonner au suivant. »
Dans la rue, ils étaient moins nombreux qu'à la cérémonie commémorative du 27 juillet 2013, mais tout aussi attentifs et soucieux de l'autre. Ils ont réagi aux temps forts de la messe célébrée par Mgr Luc Cyr, tout en discutant en petits groupes de cette longue année de deuil qui s'achève et de cette ville qui peine à se reconstruire.
Famille et réconfort
Plusieurs Méganticois, dont des familles de victimes, avaient décidé de ne pas assister aux célébrations, semble-t-il, d'autres ont préféré la messe réconfort de la nuit, à l'atmosphère plus familiale et intimiste.
C'est le cas de Luce Robineau, une commerçante dont l'atelier-café a été complètement détruit dans l'incendie du centre-ville.
« C'était très touchant, très émouvant, la messe de la nuit et la marche. On est retombés dans les émotions. Pour moi, c'était important d'y être la nuit parce que c'est à ce moment-là que c'est arrivé (la tragédie). »
« La marche de la nuit, c'est venu me chercher, dit aussi une citoyenne de Saint-Georges-de-Beauce, France Dumont, qui a accompagné les deuils de la dernière année en animant une page Facebook de soutien à la communauté. C'était tellement prenant que je dois dire que j'ai craqué. Le silence était tellement intense qu'on n'avait pas le choix de s'arrêter à nos pensées. La messe était axée sur le réconfort et je l'ai vraiment sentie comme ça. »
Dans la foule rassemblée au centre-ville hier matin, il y avait beaucoup d'enfants aussi, à qui on a d'ailleurs fait belle place tout au long de la fin de semaine notamment à l'envolée de papillons, à l'ensemencement de poissons et dans la cérémonie eucharistique du matin. « C'est bien, ça nous amène du positif et de l'espoir, a dit une jeune mère de famille qui a préféré taire son identité. Il ne faut pas tomber dans le mélodrame non plus. »
« C'est important de leur montrer et de leur expliquer ce qui est arrivé, témoigne pour sa part Nicolas Charrier, en gardant un oeil attentif sur ses trois enfants qui l'accompagnent. Les enfants, c'est l'espoir. Je souhaite maintenant que ça permette de tourner la page et qu'on continue d'avancer. Ça fait un an maintenant, il faut avancer. »
Monument commémoratif
Au terme de la célébration, plusieurs ont défilé devant le monument commémoratif de la paroisse qui venait d'être dévoilé et qui trônera dorénavant devant l'église Saint-Agnès. Il s'agit d'un grand livre de granit noir sur lequel sont gravés les noms des 47 victimes.
« C'est simple, c'est beau, c'est assez, en a dit Jean Clusiault, le père de Kathy, une jeune femme de 24 ans qui a perdu la vie dans la tragédie. Quand je vais passer par là, je vais toujours arrêter pour voir le nom de Kathy et les noms des autres victimes que je connais. »
M. Clusiault a assisté à cette fin de semaine de commémoration avec une grande sérénité. « Pour cette première année, c'était très important, mais là c'est assez. C'est le temps qu'on regarde en avant et qu'on tourne la page, même si elle est difficile à tourner. »
« Cette fin de semaine, c'était une étape difficile, mais nécessaire, a bien résumé Stéphane Lavallée, un Méganticois de naissance, revenu aider sa communauté à se relever. Je trouve que l'organisation de la commémoration a frôlé la perfection. On a choisi des thèmes significatifs et on les a traités avec beaucoup de sobriété. La famille, ça nous ramène toujours à la vie. Hier soir (samedi), on a vraiment senti que les gens avaient besoin de se rassembler et le recueillement dans le respect que ç'a permis d'avoir, c'était très touchant. »
« Ça fait du bien enfin un peu de temps pour nous, a terminé la directrice générale de la Chambre de commerce Isabelle Hallé. Ça conclut une étape difficile et ça amorce un processus important. » Celui de la relance d'une ville, de la reconstruction d'une communauté.