Rick Hughes, sur la scène du Vieux Clocher de Magog en septembre dernier.

Les mille et une vies de Rick

Légende du métal québécois, choriste sollicité, ex-concurrent de La Voix; Rick Hughes a vécu une vie - mille et une vies! - digne d'un film. Ébauche de scénario.
«On pourrait écrire un livre avec ça», blague Rick Hughes en évoquant les rudes années qui ont suivi la dissolution de Saint & Sinners, formation glam rock qu'il dirigeait au début de la décennie 90, rayée de la carte comme toutes ses semblables par la grisaille grunge.Mieux: on pourrait tourner un film sur la carrière d'un de rares habitants de cette planète à avoir à la fois côtoyé Lemmy de Mötorhead et Véronique Cloutier et à parler de ces deux figures pas exactement parentes avec la même affection. On pourrait faire exploser les guichets de cinéma avec un biopic sur Rick Hughes et la scène d'ouverture ressemblerait sans doute un peu à ceci: «À l'âge de 14 ans, je suis allé voir le film The song remains the same de Led Zeppelin, parce que mon père, qui est mort subitement quand j'avais huit ans, avait dans sa collection des disques de Led Zep. Je suis sorti de la projection bouleversé. Je savais ce que je voulais faire dans la vie.»
Quelques scènes d'euphorie suivraient bientôt et mettraient en vedette un jeune Rick embrasant les foules du monde entier à la tête du groupe désormais culte Sword, en première partie de Metallica, entre autres. Les méchants garnements avaient eux-mêmes choisi les métalleux québécois, parce que leurs hymnes au diable tournaient en boucle dans leur autocar de tournée. «Pendant le premier test de son de la tournée Master of Puppets à Regina en 1986, on jouait des tounes de l'album Metalized. Je chantais Evil spell ou je sais pas quoi. Les gars de Metallica, qu'on n'avait jamais rencontrés de notre vie, étaient de chaque côté de la scène et ils nous écoutaient religieusement. On a arrêté la toune au milieu parce que le son était OK et James [Hetfield, leader de Metallica] a lâché: "Ben non, continuez, mon solo préféré s'en venait!"»
Une fois Sword dissolu, Hughes emboîte le pas au glam et fonde avec Stéphane Dufour (guitariste d'Éric Lapointe) Saints & Sinners. La formation aux cheveux longs lance en 1992, un peu sur le tard donc, un premier (et excellent) album. C'est malheureusement le last call pour le rock hédoniste et le grunge viendra bientôt sonner le glas du grand party enfariné que présidaient depuis le milieu des années 80 Mötley Crüe, Van Halen et autres Poison. Proverbiale descente aux enfers. «On faisait une tournée de New York à L.A., puis de L.A. à New York, une cinquantaine de shows. Quand on est parti de New York, ça commençait à parler de Pearl Jam, de Nirvana, des Screaming Trees. Quand on est revenu de L.A. vers New York, il n'y avait presque plus personne dans les salles. C'était comme si on levait le nez sur nous autres. Ce n'était plus la fête et les poupounes et le rock'n'roll qui marchaient. Comme je ne pouvais pas devenir un artiste grunge, je me suis tassé.»
De retour au bercail, notre héros chasse de son quotidien les vieux démons avec lesquels ils dansaient dangereusement depuis trop d'années, fonde une famille et devient l'adulte qu'il avait toujours refusé de devenir. «J'aime ça dire que j'ai mis de l'homme dans l'homme. Je me suis trouvé une autre job sur la construction en plus de ma job de chanteur, pour que mes enfants puissent avoir une belle maison, du beau linge. Avant, c'était la tournée, la boisson, le party sans arrêt. L'enfer de la drogue et de l'alcool, j'ai vécu ça big time. Mais quand j'ai tout arrêté, j'ai tout arrêté pour vrai.»
De la soupe onctueuse
Rick Hughes enregistre ensuite deux albums solo qui feront peu ou pas beaucoup de bruit (Le bout du monde, 1995, Train d'enfer, 2006), chante chaque vendredi soir devant des millions de téléspectateurs en tant que choriste à La Fureur, se réinvente en coach vocal, joint le groupe de tournée d'Éric Lapointe.
Puis, en février 2013, le rockeur se présente contre toute attente aux auditions à l'aveugle de La Voix. Notre scénario tient peut-être ici son obligatoire scène de rédemption. «Avant mon passage, s'il y avait 50 000 ou 100 000 Québécois qui me connaissaient, c'est beau. Grâce à l'émission, on m'a découvert comme ça ne se peut pas, même si j'ai été le premier à être éliminé des duels. Les gens qui me connaissaient déjà, les fans, me demandaient de manière péjorative: "Pourquoi tu es allé à cette émission-là?" Parce que je sais reconnaître une bonne opportunité quand j'en vois une! J'ai déjà été un être très déséquilibré, mais l'équilibre me permet aujourd'hui d'avoir beaucoup plus d'intuition.»
Sur la scène du Montana Saloon à l'occasion du Show Harley-Davidson, le vieux routier racontera, d'une certaine manière, sa rocambolesque existence en interprétant les classiques de ceux qui ont façonné le chanteur qu'il est devenu - Robert Plant, Steven Tyler, Ian Gillan -, en plus d'étrenner quelques-uns des titres de l'album solo auquel il met présentement la dernière touche. La liste de collaborateurs, dont Manu Katché, important batteur français aperçu aux côtés de Peter Gabriel, permet de présumer du meilleur. «Quand tu vieillis et que ta soupe devient onctueuse, il y a beaucoup de gens qui veulent se mettre à table avec toi.» Générique.
À retenir
Le Show Harley-Davidson Sherbrooke avec Rick Hughes
Samedi 5 avril à 20h
Montana Saloon (92, rue Wellington Sud)