Stéphane Longval signe À force de battre, un premier album sous son propre nom.

Les choix de Stéphane

À force de battre de Stéphane Longval, c'est le premier album d'un gars qui a fait des choix, dont celui de se nourrir des sourires des gens qui l'entourent. Rencontre avec un chanteur heureux.
Il y en a pour qui ça se passe sur le dos d'une rutilante moto, d'autres dans les bras d'une jeune demoiselle. C'est pour sa part avec un impérieux besoin de se délester, de faire du ménage, que Stéphane Longval passait il y a quelques années le cap de la quarantaine.«À l'approche de mes 40 ans, j'ai fait des choix», lance-t-il avec un mélange d'aplomb et de vulnérabilité. «J'étais propriétaire d'une maison en ville et d'un petit chalet dans le bout d'Orford, sur une presqu'île. Sauf qu'à un certain moment, il fallait que j'élague, que je libère de l'espace dans ma tête, et les possessions matérielles font ça, c'est fou, elles prennent de l'espace dans ta tête. En vendant le chalet, je me suis rendu compte de la pression qui tombait. Ça m'a complètement libéré.»
Pourquoi vous raconte-t-on cette anecdote immobilière en apparence banale? Parce que c'est sur le balcon de son chalet, en adressant d'affectueux adieux à ses voisins, que Longval donnerait en quelque sorte son premier spectacle à vie et inaugurerait sans s'en douter sa nouvelle vie d'auteur-compositeur-interprète.
«J'avais écrit comme ça, lors de notre dernier après-midi là-bas, un petit texte pour remercier et saluer les voisins qui étaient devenus des amis. Un de mes voisins qui gratte la guitare regarde ça et il me dit : "Coudonc Stéphane, t'as écrit une toune!" On a réuni tout le monde à la fin de la journée et je l'ai chantée, ma première toune, avec ma blonde et mon voisin gratteux de guitare. Je me rappelle d'un autre de mes voisins, un ancien col bleu de la Ville de Montréal, une espèce de pan de mur, qui avait les larmes aux yeux. Ça marque.»
Stéphane Longval devient dès lors ce chanteur qu'il n'avait jamais osé imaginer être, bien qu'en se fondant toujours à des groupes (dont Léo Flâneur et Bleu). Avec son fidèle collaborateur Vincent Poirier, le psychologue de métier fonde ensuite le duo Sacha-Frédéric, qui signait en 2011 un premier album homonyme.
«Vincent est parti en Asie pendant un bout, mais je continuais à jouer sous le nom Sacha-Frédéric. Un jour, mon bassiste me demande : "Pourquoi tu n'assumes pas que c'est ton projet à toi? Pourquoi tu ne fais pas des spectacles sous ton propre nom?" Ça n'a pas été facile, mais j'ai fini par oser.»
Choisir ce dont on se nourrit
Au coeur d'un paysage folk où pullulent les jeunes chanteurs accablés par le spleen, le bonheur qui traverse de bord en bord le premier album de Stéphane Longval, réalisé par son ancien acolyte de Sacha-Frédéric, Vincent Poirier, pourrait presque passer pour suspect. Parce que À force de battre est résolument l'album d'un gars heureux, que Longval chante la beauté des rides que dessine le temps sur le visage des vieux (Si t'étais un arbre), rue dans les brancards avec ses amis David Goudreault et Jérôme Fortin afin de briser le silence dans lequel la maladie mentale embrigade ses victimes (Faire du bruit), ou s'émeut de la bretelle qui tranquillement glisse sur l'épaule de sa douce (Une chanson sur ta bretelle).
Tu sembles avoir fait le choix du bonheur, lui dit-on, en insistant sur le mot choix, avant de citer les paroles de Je me nourris. Son regard s'embue.
«Comme beaucoup de monde, j'ai l'impression que je me bats pour être bien dans la vie. J'ai déjà fait du vélo avec le père de Félix Deslauriers-Hallée [jeune footballeur mort d'un cancer] et je me souviens qu'il m'avait raconté que son fils avait demandé à son entourage de ne pas venir pleurer autour de lui. "Ce dont j'ai besoin, c'est de vos sourires. Je me nourris de vos sourires", qu'il leur avait dit. C'est vrai qu'on choisit ce dont on se nourrit. La tristesse, c'est correct de la vivre, mais je pense qu'on peut faire le choix du bonheur, sans tomber dans la naïveté. Il y en a qui l'ont naturellement, moi je dois me le rappeler souvent.»
Stéphane Lonvgal remportait en 2012 un Prix Étoiles Galaxie au Festival western de Saint-Tite, la source de bien des malentendus, le Sherbrookois n'appartenant pas exactement à la même famille que Paul Daraîche. De tous les titres de À force de battre, seule la douce-amère ballade Les chassis, sur laquelle la chanteuse de Jaune, Stéphanie Blanchette, pose son trémolo, pourrait revendiquer sa place dans le juke-box d'un saloon. «En blague, je disais à mon réalisateur que si j'étais chum avec Mara Tremblay, c'est sûr que je lui aurais demandé de jouer sur la toune. Stéphanie, c'est un peu notre Mara à nous, alors c'était parfait.»
Tu as donc vendu ton chalet pour mieux te construire une maison avec tes chansons Stéphane, non? «Le chalet, c'était mon refuge, une place pour déconnecter. Aujourd'hui, les chansons sont mon refuge.»
À retenir
Lancement de À force de battre
Mardi 28 janvier à 17 h 30
La Combine (41, rue King Ouest)