Les Canadiens, endettés mais prospères?

Des millions de Canadiens recevront ce mois-ci des relevés de compte plutôt salés après une période des Fêtes où l'utilisation du crédit est une tradition aussi bien implantée que le sapin de Noël et la dinde. À l'image des marges de crédit, les inquiétudes concernant l'endettement des ménages ne cessent d'augmenter au pays. Mais la situation est-elle aussi catastrophique que l'on pourrait le croire?
<p>Monsieur Mario Fortin</p>
Selon les derniers chiffres publiés par Statistiques Canada, la dette des ménages canadiens correspond à 163,7 % de leur revenu disponible, un record historique. À titre de comparaison, elle représentait seulement 85 % en 1990.
La Banque du Canada cite même l'endettement des ménages comme l'un des grands facteurs de risque qui pèsent sur l'économie canadienne. Malgré tout, bien des économistes, dont Mario Fortin, professeur au département d'économique de la Faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke, tiennent à relativiser le danger lié à l'endettement des Canadiens
«Oui, les ménages canadiens sont plus endettés qu'avant, mais ils ont aussi des actifs plus élevés que jamais», nuance M. Fortin.
Effectivement, dans les années 70, les actifs des Canadiens équivalaient à quatre fois leur revenu, contre six fois aujourd'hui. Ces actifs sont constitués majoritairement de biens immobiliers, mais aussi de produits financiers, principalement des régimes de retraite.
«Il faut placer la dette des ménages canadiens en contexte. Le taux d'endettement n'est pas une donnée qui permet à elle seule de brosser un portrait réaliste de la situation», affirme-t-il.
Mario Fortin concède toutefois qu'un niveau d'endettement élevé n'est pas sans risque, surtout dans le cas d'une éventuelle récession, qui aurait pour effet de faire diminuer la valeur des maisons et potentiellement entraîner des pertes d'emplois.
À l'inverse, dans le cas d'une hausse des taux d'intérêt, qui semble inévitable, bien des ménages pourraient être pris à la gorge. Mais encore une fois, Mario Fortin tient à relativiser la situation. «La plupart des gens ne seraient pas affectés tant que cela par une hausse des taux d'intérêt parce qu'ils possèdent des hypothèques à taux fixe de 5 ou 10 ans, et non des hypothèques à taux variables.»
Les Américains moins endettés
Depuis la crise de 2008, les Américains ont diminué leur niveau d'endettement, contrairement aux Canadiens qui ont suivi le chemin inverse. C'est pourtant l'insolvabilité de millions de foyers américains qui a plongé les États-Unis et même le monde entier dans une grave crise économique.
Mais les risques qu'un tel scénario se reproduise au Canada sont quasi inexistants, selon Mario Fortin. «On peut difficilement comparer la situation des ménages américains et canadiens. Les subprimes (prêts hypothécaires à haut risque) n'ont pratiquement jamais existé au Canada alors qu'ils représentaient 20 à 25 % des prêts hypothécaires aux États-Unis avant la crise. Et si les Américains sont moins endettés que les Canadiens aujourd'hui, ils détiennent aussi moins d'actifs», affirme-t-il.
«Je ne veux pas banaliser le problème de l'endettement, loin de là, mais actuellement, les Canadiens ont la capacité financière pour faire face à leur dette. Le taux de délinquance (défaut de paiement) demeure très bas.»
Un rapport d'Equifax Canada publié en novembre dernier corrobore les dires du professeur Fortin. Selon l'agence d'évaluation du crédit, les consommateurs continuent de faire leurs paiements mensuels de façon assez rigoureuse. Le pourcentage de prêts non hypothécaires en retard de 90 jours ou plus est tombé à 1,13 % au troisième trimestre de 2013, un nouveau minimum record, tandis que le taux national des défaillances sur hypothèques à 90 jours ou plus est engagé dans une légère tendance à la baisse.
Mais outre les dettes liées à l'hypothèque, c'est la hausse de 3,7 % des dettes liées à la consommation (prêts auto, cartes de crédit, achat de biens de consommation, etc.) qui inquiète particulièrement les économistes. Ce type de dette est plus dangereux que les hypothèques, car il ne génère peu ou pas d'actif.
«Ça équivaut à emprunter beaucoup d'argent pour faire le party et se réveiller le lendemain matin en n'ayant plus rien!» image Mario Fortin.