Charles Labrie

«L'école de l'avenir»

L'humble professeur de français Charles Labrie est sorti de l'ombre durant la dernière année. Il a bien fallu : son projet de Cité-école lui a valu le Grand Prix de la ruralité 2013, à l'Assemblée nationale, un honneur que plusieurs diront bien mérité.
« Je n'aime pas ça ce genre de cérémonie, ça me gêne. Je suis plus confortable dans une salle de classe », lance-t-il d'entrée de jeu, le visage enfoncé dans la paume de sa main. Et pourtant, M. Labrie devrait avoir l'habitude des remerciements, lui qui a vu le taux de décrochage tomber de moitié depuis le lancement du projet en 2006.
Sauf que cette fois-ci, ce « merci » de l'Assemblée nationale est différent; il lui fournira peut-être la clé dont il a besoin pour prolonger le financement de sa Cité-école, véritable laboratoire rural dont la plus belle avancée est, depuis 2009, d'avoir ranimé la solidarité et la fierté des communautés rurales.
« C'est presque un projet culturel, c'est très novateur. Ça touche à tellement de secteurs. D'abord, la fierté des jeunes est très mesurable », souligne-t-il. Alors qu'au début du projet, 42 % des élèves se disaient fiers du village où ils sont nés, le dernier sondage révèle plutôt un taux de 92 %.
« Il faut constamment se demander comment intégrer le Haut-Saint-François dans l'enseignement », croit M. Labrie. Il ajoute que la partie ne sera peut-être jamais gagnée. « Ça prend du soutien tout le temps. Les élèves changent chaque année et les parents aussi, il faut les impliquer », explique-t-il.
Ceux qui tiennent les cordons de la bourse aussi doivent l'être. Après sa visite à l'Assemblée nationale, M. Labrie a reçu, au coeur d'East Angus, le ministre délégué aux Régions, Gaétan Lelièvre, et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert. Tous deux ont été charmés par les membres du conseil des ministres de la Cité-école, révèle M. Labrie. La Polyvalente Louis-Saint-Laurent n'est pourtant que la partie la plus visible du projet.
Le reste se passe sur le terrain, avec l'implication des élèves dans leur village, la rédaction d'articles communautaires et surtout, la remise des bulletins et des bourses de finissants, village par village.
Passer le flambeau
Avec 51 années d'enseignement derrière le sourire, Charles Labrie n'est toujours pas prêt à passer le flambeau. Le secret de son énergie? Fréquenter la jeunesse.
« On dirait que ça me rend éternel. On dirait que je ne vieillis pas. Je suis toujours en contact avec la jeunesse. Eux, la vie leur sort par les oreilles; ils te donnent accès à leur immortalité », assure-t-il.
Son autre secret - et sûrement le moins bien gardé des deux - c'est son talent de raconteur. M. Labrie adore partager ses histoires. Par amour des mots, mais surtout, par amour des gens. Personne n'en doute, la formidable épopée de la Cité-école, une histoire peuplée de héros, est sûrement sa favorite. « Une école de l'avenir, ça ne peut pas être si différent de ça », rêve-t-il tout haut.