À l'autre bout de l'île, on peut se baigner dans les eaux calmes du Vakaloa Beach Resort, un lagon protégé par la longue barrière de corail.

Le Tonga entre le rouge et le noir

Quand les jeunes Tongiens ont décidé de jouer aux Carrés rouges, il y a quelques années, ils ne l'ont pas fait à moitié. Ils ont détruit 80 pour cent de Nuku'Alofa, la capitale. Il a fallu les armées de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande pour ramener le calme. La colère des jeunes avait été attisée par la crise économique, le chômage et l'absence de mesures correctrices.
La guide, Saane, est atterrée de réaliser que cette information s'est rendue jusqu'en Amérique.
« Nous sommes un tout petit pays et tout ça, ce n'est pas le reflet de ce qui se passe ici », rassure-t-elle.
Il ne faut donc pas croire que les Tongiens sont un peuple violent et ingouvernable. Comme l'ensemble des Polynésiens, ils sont d'une nature plutôt calme. Mais, visiblement, il ne faut pas les chercher! Le guerrier maori en eux n'est jamais très loin.
Quand l'explorateur James Cook a abordé l'île, en 1773, il l'a baptisée l'île des Amis tant il avait été séduit par la chaleur de l'accueil que lui avaient réservé les habitants. On peut se demander si Cook n'a pas plutôt fait montre de cet humour britannique pince-sans-rire et sarcastique, car, quelques jours plus tard, les gentils Tongiens massacraient quelques-uns de ses hommes qui, avouons-le, l'avaient cherché. De son côté, le capitaine Bligh, abandonné à son sort par les mutins du Bounty, dans une barque, avec dix-huit de ses hommes, a tout fait pour passer au large, par crainte de ces « Amis », malgré la précarité de sa situation. Il a mis le cap directement sur le Timor.
Le Royaume de Tonga est le dernier groupe d'archipels entre la Polynésie française et la Nouvelle-Zélande. Les 106 000 sujets de Tupou VI sont répartis dans plusieurs des 170 îles et îlots que comptent les trois archipels du Tonga.
Nous sommes toujours en pays maori, car ces navigateurs venus de l'Asie du Sud-est ont peuplé toute la vaste région comprise dans un triangle qui pourrait être dessiné entre Hawaï, l'Île de Pâques et la Nouvelle-Zélande.
Quand notre navire a accosté au quai, près du palais royal, à Nuku'Alofa, on a immédiatement remarqué que plusieurs Tongiens étaient habillés de noir et que leurs tailles étaient ceintes du traditionnel ta'ovala, un pagne de feuilles de pandanus que ceinture une corde faite de végétaux tressés.
« Nous portons le deuil », explique Saane.
Il y a quelques jours, la reine mère, Halaevalu Mata'aho, est décédée. Elle avait 92 ans. Elle était adorée par les Tongiens. Avant elle, la reine Salote avait aussi laissé un souvenir impérissable au coeur de ses sujets, mais aussi dans de celui des habitants de nombreux pays. Cette femme imposante, dont la taille atteignait pratiquement les deux mètres, s'était fait remarquer de la planète entière, lors du couronnement d'Élizabeth II. Par respect pour la foule, la reine Salote avait traversé Londres dans un landau à capote découverte. Sous la pluie, elle était demeurée digne et stoïque. Du coup, Tonga venait de trouver sa place sur la carte du monde.
L'île principale du royaume est une vaste plaine. Contrairement aux îles de la Polynésie où on peut grimper des montagnes de plus de 1000 mètres, le paysage tongien est plat. Si le niveau de la mer montait de quelques mètres seulement, l'île disparaîtrait dans les flots. C'est certain.
À la sortie du quai, après l'immense bâtiment en construction où sera relogé le parlement, on trouve facilement un cybercafé. C'est, il va de soi, le Friends. Remarquant notre intérêt pour une immense photographie de la reine Salote, une serveuse nous signale la présence d'une princesse, au côté de nous. Elle pianote sur son ordi. En toute simplicité. Sa suite déguste tranquillement un café, en prenant des « selfies ». Le quotidien de 2017 est le même, partout dans le monde, finalement.
On prend un bus pour se rendre à la plage du Vakaloa Beach Resort, à la pointe ouest de Tongatapu. Nichée entre deux villages, la plage de sable blanc permet une baignade dans des eaux aussi tranquilles que chaudes puisque, là aussi, la barrière de corail brise les déferlantes, au large.
Le décor est trop beau. On ne peut résister à la table invitante de la salle à dîner ouverte aux quatre vents. Voilà l'endroit idéal et le dernier avant la Nouvelle-Zélande pour goûter au plat traditionnel par excellence de la Polynésie : du poisson cru dans du lait de coco et du jus de lime. Rien de plus doux et délicieux pour le palais. Un repas royal.
Notre collègue à la retraite Gilles Fisette a entrepris un tour du monde en croisière. Nous vous invitons à le suivre dans son périple jusqu'en mai.