Le silence et la solitude... sports extrêmes

Récemment, j'ai eu le bonheur de voir ma conjointe partir en voyage deux semaines avec les enfants. Elle disait prendre des vacances, mais au fond, tous ceux qui ont des enfants le savent... c'est moi qui prenais les vacances.
Dans les faits, je devais travailler et je ne pouvais m'absenter. Bon, ok, avoir vraiment voulu, j'aurais pu chambouler mon horaire pour partir avec eux, mais ça ne me tentait pas. Je voulais être seul à la maison. Ça doit bien faire dix ans que je n'ai pas passé deux semaines seul. Et vous? C'est quand la dernière fois que vous avez passé deux semaines seul à la maison depuis que vous avez une vie familiale?
Le premier matin, pas un bruit dans la maison. Le calme plat. Pas d'enfant qui pleure, pas d'enfant qui gazouille, pas de bruit de pas de ma plus vieille qui se lève pour me demander un verre d'eau ou de jus d'orange. Rien. Même mon vieux chien relève à peine la tête pour me regarder passer.
Mon premier réflexe est d'ouvrir la radio pour écouter les nouvelles, mais je résiste. Je veux m'entourer de silence, juste pour voir l'effet que ça donne. Je me prépare à déjeuner. J'ouvre le couvercle du portable pour prendre mes courriels et regarder ce qui se passe dans le monde. Je planifie ma journée toujours dans un silence interrompu seulement par les cliquetis du clavier et de la machine à expresso.
Le chien daigne finalement venir me saluer. Je le nourris. Je règle quelques rendez-vous pour la fin de l'après-midi et je décide de me joindre à un ami pour une randonnée à vélo. J'ai l'impression de vivre dans un film aux longs plans séquences muets. Je refuse même d'adresser la parole au chien. Mis à part l'air climatisée, pas un bruit. Pas un mot. Le silence est assourdissant, mais je m'y fais... rapidement.
Les premières heures sont déstabilisantes, mais on y retrouve une certaine intériorité qui fait du bien. C'est un peu pour ça que je ne suis pas parti. Ça ne me tentait pas de passer du temps avec des gens que je connais peu ou pas. Je voulais passer du temps seul. Égoïste? Un peu.
Pendant ma période de réclusion volontaire, en plus de recommencer à lire et à écrire, j'ai commencé à regarder les réseaux sociaux, Facebook en particulier, avec un oeil différent. Facebook commence à me déplaire, comme la télé me déplaisait il y a 15 ans quand j'ai décidé de ne plus la regarder. La seule différence entre Facebook et la télé, c'est que ce sont les individus qui se mettent en scène au lieu d'acteurs. Chacun joue son rôle. Pourquoi cette tendance, voire cette nécessité, d'être vu? Pourquoi toujours s'alimenter du regard des autres? Le tape-à-l'oeil, les faux sourires, les fausses histoires d'amour et les vies scénarisées me dérangent.
Même si j'étais en réclusion, ça ne m'empêchait pas de prendre mes appels, répondre aux quelques dizaines de courriels quotidiens, d'aller m'entraîner avec des amis et de sortir le soir, mais puisque je le pouvais, je me gardais une période de silence... juste pour l'apprivoiser.
Il arrive si peu souvent de se retrouver seul qu'il faut en profiter. Cependant, je réalise que cette chronique est très anachronique. Elle détonne avec l'ère dans laquelle nous vivons. Dans une société où tout doit être X-trême, méga et ultra, et où le but est d'avoir le plus d'amis, d'être admiré, adulé et liké, peut-être que le silence et la solitude sont maintenant devenus les nouveaux sports extrêmes.