Le rouleau brise-fougère à la rescousse des érablières

Le rouleau brise-fougère apparaît comme une méthode intéressante pour contrôler la plante verte envahissante mettant en péril l'avenir de nombreuses érablières en Estrie. Mais chose certaine, il est essentiel de poursuivre les recherches visant à développer la meilleure façon de faire avant qu'il soit trop tard pour la pérennité d'une ressource agricole de premier plan.
C'est en gros la conclusion que dégage l'agronome Gabriel L.D. Weiss, du Club agroenvironnemental de l'Estrie (CAE), dans le cadre d'une expérience menée depuis 2010 dans deux érablières de la région, à Wotton et à Marston, financée par le Programme canadien d'adaptation agricole et qui prenait fin cette année.
Comme l'a déjà signalé La Tribune dans un reportage il y a deux ans, la menace avec la fougère « Dennstaedtia punctilobula » vient de son exubérance : quand elle s'installe dans des trouées lumineuses et se régénère tant par ses spores et ses rhizomes, de manière aérienne et souterraine, c'en est fini de la repousse naturelle des semis d'érable. Dans certaines érablières, les producteurs n'ont pas vu de repousse depuis 15, 20 ans et même plus. « C'est comme si on avait sauté une génération ou deux et on se retrouve juste avec des érables de grande maturité, de 50, 60 ans, sans régénérescence. Oui la situation est inquiétante et c'est clair qu'il faut poursuivre les démarches pour trouver une solution durable », exprime pour sa part le président du Syndicat des acériculteurs de l'Estrie, Claude Roy.
Même son de cloche de la part de la présidente du nouveau Syndicat du Granit, Lyne Girard, dont le secteur semble particulièrement atteint. « Mais ça semble partout se produire. Dans pas mal toutes nos érablières on a ce problème et ça déborde l'Estrie », dit-elle. M. Roy rajoute estime qu'outre les dégâts du verglas de 1998 et les pluies acides, de mauvaises pratiques de travaux forestiers, pourtant de circonstance il y a quelques décennies, comme l'élimination d'espèces ligneuses dites compagnes, ont accentué le problème. « Les érablières où il y a d'autres essences feuillues, comme le bouleau jaune, le hêtre et le merisier, ne connaissent pas ce problème de fougère », fait-il observer.
Concernant l'étude-terrain menée par l'agronome Weiss et les différents traitements expérimentés, allant du chaulage à l'ombrage en passant par l'éradication par pneu à l'implantation de gaulis d'érable, le rouleau brise-fougère apparaît d'une bonne efficacité. La pièce d'équipement conçue et adaptée par l'entreprise Sylmar, de Courcelles, est tirée par un quad et endommage sérieusement les tiges de fougère. Du coup, les semis d'érable sont peu affectés et peuvent espérer une meilleure croissance par la réduction du couvert de fougères.
« Étant donné que c'est un problème pas mal répandu, même aux États-Unis et où les cris d'alarme viennent de partout, il faut s'en préoccuper. Peut-être qu'au bout du compte l'autre possibilité sera le reboisement pur et simple. Mais ça va être un exercice très laborieux», a aussi confié Claude Roy.