Le père Noël boude le pôle Nord

Les enfants s'étirent le cou pour voir arriver le père Noël. Les mères font quelques pas de danse en entendant la musique qui émane du convoi qui approche. À première vue, on croirait assister à un défilé du père Noël tout à fait normal, si ce n'est du fait que les chocolats chauds sont remplacés par des bières et qu'on n'est pas en train de geler.
C'est que le Noël des campeurs était célébré en fin de semaine dans plusieurs campings de la région, dont celui de l'Île Marie. Les festivités duraient toute la journée : film, bricolage, souper de Noël, distribution de cadeaux; mais le clou de la journée était ce fameux défilé du père Noël, qui se promenait à travers le camping dans une locomotive, suivi d'une panoplie de chars allégoriques maison.
L'ensemble était éclectique; on avait évidemment droit au char classique de Noël, mais aussi au quadriporteur décoré, aux danseuses hawaiiennes et surtout au char country qui fermait la parade en envoyant du Johnny Cash à la ronde.
C'est exactement cette participation des campeurs qui est recherchée. « On a un petit esprit de compétition chaque année, on veut voir qui va décorer le plus », dit la propriétaire du camping Lyne Richer, un sourire en coin.
Ces dernières années, c'est le lot des Carbonneau qui scintillait le plus fort le soir. Guirlandes lumineuses, décorations gonflables, manchots de plastique; difficile de le manquer.
Dans le défilé, Rémi Carbonneau, sa conjointe Diane Viens et son frère Guy Carbonneau avaient revêtu des costumes de lutins. « On est restés jeunes, on a encore notre coeur d'enfant et on aime avoir du plaisir », explique Mme Viens.
Pour le couple, impensable de manquer une telle occasion; ça fait 10 ans qu'il célèbre le Noël des campeurs à l'Île Marie. « Une de mes soeurs va au Camping de Compton. On pourrait aller là, on vient de Coaticook, mais on n'y va pas parce qu'ils ne font pas d'activités comme ça, et nous on trippe là-dessus. Oui, c'est du travail d'installer les décorations, mais on aime tellement ça que ça ne nous paraît pas un fardeau », affirme Rémi Carbonneau.
Cet enthousiasme est apparemment une affaire de famille. « À Noël, chez nous, on a toujours beaucoup décoré à l'intérieur et à l'extérieur. Donc tant qu'à venir au camping, on décore l'été, tu ne te gèles pas les doigts en le faisant, c'est le fun! » affirme son frère Guy Carbonneau.
Les passionnés attirent manifestement les passionnés; en se promenant sur le terrain, on croise énormément de roulottes décorées, et même un père Noël automate sur le bord d'un chemin. « Quand on décore beaucoup et qu'on participe, ça donne le goût aux autres de le faire. Cette année, il y a plus de décorations qu'avant et de chars allégoriques », estime Mme Viens.
Trop quétaine?
Ce n'est pas dans tous les campings qu'on célèbre le Noël des campeurs. Les propriétaires du Camping Deauville ont pour leur part décidé de ne pas intégrer cette activité au calendrier estival. « Quand on faisait du camping, on trouvait ça un peu quétaine. On voulait quelque chose plus axé sur la nature, sans qu'il y ait trop d'activités, donc on fait un camping à l'image de ce que nous on aime », explique Christian Libert, copropriétaire de l'endroit avec sa conjointe Caroline Morneau.
Comme l'offre de campings où on peut sortir les rennes en plastique sans se faire regarder de travers par le voisin est déjà abondante en région, les propriétaires organisent plutôt barbecues ou épluchettes pour réunir les gens. Personne ne s'en est plaint. « Jamais on ne nous a demandé pourquoi on n'avait pas de Noël des campeurs. Ça fait l'affaire de ceux qui viennent ici, ils veulent ça. »
En attendant, au Camping de l'Île Marie, on célébrera l'Halloween des campeurs à la fête du Travail. Et les Carbonneau auront des tas de bonbons à distribuer aux enfants. Promis juré!