Une femme sur une peau de léopard

Le peintre qui dérange

Si j'aime Dix, c'est parce qu'il dérange. J'aime encore plus le fait qu'il sait qu'il dérange... et fait exprès pour déranger.
Aux autorités de son époque, il met en pleine gueule les facettes de la société qu'ils ne veulent pas voir. Éclopés, handicapés, prostituées et moeurs légères de la classe dominante, Dix les peint ou les dessine. Dans le fond, il leur met en plein visage les ratés et l'hypocrisie de la société qu'ils ont créée.
Dix a une technique très puissante qui ne laisse personne indifférent. Dix, c'est un génie pour mettre la beauté dans l'horreur afin qu'elle ne soit pas oubliée.
Peintre allemand ayant servi dans l'armée pendant la Première Guerre mondiale, il dépeint les «gueules cassées» et tous les éclopés de ce conflit. Pendant qu'en France on tente de cacher les invalides et qu'en Russie on traite de samovar les soldats amputés, Dix dépeint et dessine avec force et créativité ses confrères revenus du front.
Il le fait autant à la mémoire de ses frères d'armes que pour chasser les images horribles qui le hantent. Il faut savoir que les peintres de guerre «officiels» peignaient rarement la cruauté de la guerre ou ses conséquences. Ils servaient plutôt les intentions de l'immense machine de propagande de guerre, et ce, d'un côté comme de l'autre.
D'origines modestes, Otto Dix peint les gens ordinaires dans toute leur splendeur et toute leur horreur. Un habitué des cabarets et des cafés allemands, il peint et dessine les scènes que les dirigeants et la classe bourgeoise n'aiment pas voir; les matelots au bordel, les officiers militaires cajolant des prostituées, les prostituées et les estropiés.
Il sera mis au ban par les Nazis et une partie de son oeuvre sera brûlée, considéré comme de l'art dégénéré. Lorsqu'on regarde un tableau de Dix, quand ce n'est pas son tableau qui nous regarde, on ne peut demeurer indifférent.