Karine Vallières

Le parcours douloureux de Karine Vallières

La libérale Karine Vallières doit défendre son intégrité et sa décision de se porter candidate dans la circonscription de Richmond devant certaines allégations qui circulent à son sujet sur les réseaux sociaux. Elle a accepté de répondre en toute transparence aux questions de La Tribune.
Oui, elle était en congé prolongé de son employeur, la Caisse Desjardins des Métaux blancs, depuis novembre 2010, quand elle a décidé de plonger pour prendre la succession de son père, Yvon Vallières, dans la circonscription. Mais elle était prête à retourner au travail. Et oui, elle partage sa vie avec Martin Breault, qui a été radié de l'Ordre des comptables en management accrédités (CMA) après avoir été reconnu coupable de fraude envers son employeur Les Viandes Laroche. Mais les faits reprochés ont eu lieu bien avant le début de leur relation, souligne-t-elle.
Deux cancers
Karine Vallières était déjà mère de deux fillettes de un et trois ans en 2005 quand elle a appris qu'elle souffrait d'un cancer de la peau, un mélanome malin, un type de cancer dont la progression est généralement rapide.
« C'était la première fois que j'étais confrontée à la peur de mourir, avec la perspective de laisser deux enfants en très bas âge, confie-t-elle. Ce ne fut pas évident, j'avais la sensation d'être devant un gouffre, ce que l'on ne s'attend pas de vivre à 25 ans. »
Fin 2007, c'est la séparation avec le père de ses enfants. En mai 2008, Karine Vallières rencontre Martin Breault. Leur relation se développe et il devient son conjoint. « En octobre 2008, j'apprends que Martin a commis des fautes à l'entreprise Les Viandes Laroche où il était comptable. Ces gestes posés ont eu lieu bien avant le début de notre relation. »
Les semaines et les mois s'écoulent, une période difficile s'ensuit avec de nombreuses interrogations, raconte-t-elle. « J'étais devant des faits que je n'approuvais pas. Mais par contre, j'aimais et j'aime toujours cet homme qui est aussi apprécié de mes enfants. Je me suis alors appuyée sur les membres de ma famille pour relativiser tout cela. Et j'ai pris la décision de passer par le pardon, même si l'erreur est grave. J'y suis allée d'une décision de coeur que je ne regrette pas. »
En 2010, la Cour du Québec condamne Martin Breault à une peine de 18 mois à purger dans la collectivité pour avoir fraudé de 220 000 $ son ancien employeur, Les Viandes Laroche d'Asbestos. L'accusé n'ayant pas d'antécédent judiciaire a enregistré un plaidoyer de culpabilité, a collaboré avec la justice tant criminelle que civile tout au long du processus judiciaire. Il a remboursé une partie de la somme à son ex-employeur. Depuis, Martin Breault a été radié à vie de l'ordre des CMA et a dû réorienter sa carrière.
«Ce fut un autre choc pour moi, de devoir composer avec les réactions des gens du milieu, avec les médias qui traitèrent de ce processus judiciaire. Dans la même année, j'apprends que je dois faire face à un autre cancer. C'est une véritable tonne de briques qui me tombe sur la tête. À 32 ans, pourquoi sur moi, encore une fois?»
À ce moment, Karine Vallières était à l'emploi de la Caisse Desjardins des Métaux blancs à titre de coordonnatrice des communications et adjointe à la direction. En novembre de cette année-là, elle prend quelques semaines de vacances parce qu'elle ressent une grande fatigue puis son médecin l'invite à prendre un congé prolongé, son état de santé continuant à se détériorer. Malgré les soins médicaux et les ajustements de médications, une forme de déséquilibre se crée et rien ne va plus. «Pourquoi encore moi!» se dit-elle alors que le diagnostic tombe, celui de la dépression. « Je n'ai pas de tabous à parler de cette maladie, de ce que j'ai vécu, je ne l'ai jamais caché.»
Au début de 2012, une nouvelle médication lui convenant mieux lui permet de voir la lumière au bout du tunnel. «Moralement, je savais qu'il y avait de l'espoir, que je prenais la bonne direction. Oui, j'ai été longtemps absente de mon travail, mais à partir du printemps dernier, je me sentais bien, le moral remontait et je retrouvais tous mes moyens, ma stabilité.»
La retraite de son père
En juin, son père, Yvon Vallières, le doyen des parlementaires libéraux qui compte plus de 34 années à l'Assemblée nationale et qui en a même été président de janvier 2009 à avril 2011, annonçait son retrait de la vie politique.
«Je me sentais vraiment bien alors. J'ai appris sensiblement en même temps que vous tous sa décision et j'ai réalisé avec bonheur qu'il avait enfin décidé de s'occuper de lui. Mon retour au travail était alors prévu dans un horizon prochain. Devant les rumeurs de déclenchement d'élections qui se faisaient plus insistantes, j'ai rencontré mon directeur à la caisse pour lui faire part de mon intérêt à suivre les traces de mon père. J'ai toujours un lien avec mon employeur auquel j'ai demandé et obtenu un congé sans solde jusqu'au 14 septembre prochain», précise-t-elle.
C'est la première fois que Karine Vallières se livre ainsi, aussi ouvertement, sur les épreuves qu'elle a traversées ces dernières années. « J'ai mis mon coeur sur la table parce que je connais le travail des hommes et femmes impliqués en politique active. Je veux aller de l'avant, je me sens motivée, convaincue, je sais dans quoi je m'embarque. J'ai la conviction de pouvoir le faire avec tout mon vécu, quel qu'il soit. »
La candidate ajoute un message clair: «À partir de maintenant, je ne reviendrai pas sur ce passé de ma vie publiquement, je regarde en avant, c'est ce qui m'importe vraiment.»
Au moins une personne, Martin Baller, avait annoncé son intention de briguer l'investiture libérale dans Richmond avant l'arrivée de Karine Vallières. Mme Vallières a été désignée candidate directement par le bureau du premier ministre.