Micheline Dumont

Le grand combat de Micheline Dumont

« J'espère avoir dérangé par mes recherches et mes écrits et que des plus jeunes vont reprendre le flambeau, pour continuer à faire évoluer les mentalités... La lutte pour une place équitable des femmes dans la société est bien loin d'être finie! »
C'est à la spécialiste de l'histoire des femmes au Québec, la bien connue Micheline Dumont, que le 29e Prix La Tribune de la Société d'histoire de Sherbrooke a été remis hier soir, dans les locaux de l'organisme de la rue Dufferin.
En lui rendant hommage, la présidente et éditrice de La Tribune, Mme Louise Boisvert, a livré ces mots touchants: «C'est elle qui a su alimenter ma réflexion sur la condition des femmes au Québec. J'ai lu ses livres et je les ai offerts plus d'une fois. Mais c'est sa rencontre qui m'a permis de mieux comprendre le phénomène (...) Elle dégage, son regard est vif, sa pensée est claire et elle une femme droite.»
Au cours de sa longue et fructueuse carrière, l'historienne, professeure et auteure, ayant prononcé des conférences aux quatre coins du Québec sur le fruit de ses travaux, même à l'extérieur du pays, comme à Genève et à Versailles, a exploré dans les moindres détails ce champ jusque-là négligé des spécialistes. « C'est venu naturellement, au fil de mes études, rendues possibles grâce à une bourse des religieuses, car mon père, comme tous les hommes de son temps, ne voyait pas la nécessité pour une femme d'avoir une scolarisation trop poussée », évoque cette féministe. «Mais, s'empresse-t-elle d'ajouter, je ne suis pas du genre antihommes et ce que je désire, c'est leur faire réaliser qu'ils devront laisser tomber des privilèges pour assurer l'égalité » avec les femmes.
Native de Verdun et installée en Estrie depuis 1969, où son engagement avec l'Université de Sherbrooke lui a valu le titre de professeure émérite, la retraitée toujours active a documenté une foule de facettes de la condition féminine et du rôle des femmes dans la société, depuis la Nouvelle-France à nos jours. La liste est quasiment infinie. Retenons par exemple son Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, au sein du Collectif Clio, La pensée féministe au Québec , Les religieuses sont-elles féministes? et combien d'autres. Sans oublier sa collaboration à plusieurs oeuvres emblématiques, comme le Dictionnaire biographique du Canada, la Revue d'histoire de l'Amérique française, et L'Action nationale, par exemple. Ou encore sa participation à des films documentaires majeurs, tels Épopée en Amérique, du grand historien Jacques Lacoursière, Épouses de Dieu et Ouvrières de Dieu, de Lucie Lachapelle.
Bref, sa contribution est énorme et elle voue une tendresse particulière à deux de ses plus récentes publications: Le féminisme québécois raconté à Camille, qu'elle a rédigée à l'intention de sa petite-fille alors âgée de 15 ans et Pas d'histoire les femmes. Réflexions d'une historienne indignée, sortie l'an dernier « Car oui je suis indignée. Et enragée de voir que s'il y a eu des acquis importants qu'on peut dater, comme le droit de vote aux femmes, des changements au Code civil et autres, on ne peut pas encore mettre de date sur les changements de mentalité... Mais il faut savoir qu'on vit dans une société patriarcale depuis 6000 ans et faire évoluer les mentalités, ça prend du temps », exprime- t-elle. Puis que des gens ne pensent pas comme elle, Micheline Dumont l'accepte, mais « ça m'invite en même temps à travailler encore plus fort pour les faire changer d'idée », lance l'historienne d'un grand éclat de rire.
Pour son prix d'hier soir, qui se rajoute à une multitude d'autres, de la Société royale du Canada, de la Ville de Sherbrooke, de la Société Saint-Baptiste de Sherbrooke (SSJB) notamment, il lui fait particulièrement honneur. « C'est une fierté de se retrouver dans le cercle de gens ayant reçu le Prix La Tribune de la Société d'histoire de Sherbrooke, comme la grande Andrée Désilets, Jean-Pierre Kesteman... C'est une belle reconnaissance de mes pairs », a aussi confié celle qui a également déjà fait partie des dirigeants de l'organisme et qui a travaillé à faire rayonner son bulletin interne Le Confluent.