Yann Doyon aime les hamburgers.

Le cauchemar des nutritionnistes

Malgré les ubiquitaires exhortations des nutritionnistes à se gaver de fruits et de légumes, certains souriants insouciants se bourrent encore et toujours la face du côté obscur de l'antioxydant. Rencontre avec des malbouffeurs heureux.
«Mon repas santé de la journée, c'est le déjeuner», lance, sérieux comme un pape, Yann Doyon en attendant que la caissière appelle le numéro de sa commande (un Maxi Louis et une moyenne poutine) chez Louis Luncheonette.
Et qu'est-ce qu'un déjeuner santé selon Yann Doyon? «Ben, le classique là: deux oeufs, bacon, saucisses.»
Avec sa silhouette élancée et son visage poupin, le directeur des opérations du Woodstock Bar n'a ni le physique, ni l'allure, peau huileuse et bédaine saillante, du malbouffeur forcené. Son régime n'en est pas moins un cauchemar de nutritionniste, l'antithèse des recommandations du Dr Béliveau, une bombe poutinée larguée sur le Guide alimentaire canadien. La faute à son horaire d'oiseau de nuit, explique-t-il.
«Tu ne sors pas du bar en te disant: "Je vais aller manger une salade." Ça ne fait pas partie des plans. Tu as envie de bouffe grasse, c'est quasiment plus fort que toi. Et puis tu n'as pas vraiment le choix. S'il y avait une option plus saine à 5 heures du matin, je l'essaierais peut-être. Au Charlie, je me console en prenant la poutine spéciale Charlie, parce qu'il y a des légumes dedans. Le matin, comme je me lève forcément un peu tard, je vais presque toujours au Eggsquis. La serveuse connaît ma commande!»
N'allez quand même pas croire que Doyon tire orgueil de sa désinvolture alimentaire. À 24 ans, l'apôtre du gras trans sait qu'il devra éventuellement assainir ses nocives habitudes et entrevoit même parfois, entre deux bouchées de patates frites, une lumière verte (brocoli) au bout du tunnel.
«J'étais sportif avant, les bars ont eu raison de moi. Il y a quelques semaines, je suis allé jouer au hockey et ça a été dur. Je devais prendre de longues pauses. Ça me fait de la peine. Je commence tranquillement à me rendre compte qu'il va falloir que j'arrête un jour. Je pense que j'attends la fille qui va m'aider à sortir de cette torpeur-là.»
Devant une salade de légumineuses et un filet de saumon cuit à la vapeur, le jeune homme pourra alors se remémorer, l'oeil humide et un trémolo dans la voix, les années de folle insouciance où il brutalisait joyeusement son estomac.
«Pendant un bout, mes chums et moi on avait l'habitude d'aller au McDo en sortant des bars. On commandait le sandwich à 1$ du moment et on se faisait des gros sandwiches en empilant 4 ou 5 MacPoulet, 4 ou 5 cheese bacon. On les accumulait jusqu'à ce que ça ne puisse plus rentrer dans notre bouche.»Passion bacon
Il y a quelques années, la blonde de Sébastien Bouchard surprenait son amoureux en lui offrant en ondes, pour son anniversaire, une douzaine de roses... en bacon! «Il n'y a pas une fête où je ne reçois pas un cadeau qui a rapport avec le bacon, comme du parfum au bacon ou de la marmelade à saveur de bacon. Je suis devenu le porte-étendard du bacon», se réjouit le grand timonier de l'émission du matin de Rythme FM.
Membre d'une communauté de plus en plus grande de passionnés pour qui le bacon ressemble à quelque chose comme un mode de vie - Sherbrooke accueillera en mai son premier Festival du bacon -, le matinier s'impose un régime sain du lundi au vendredi, précisément pour pouvoir s'abandonner sans vergogne le week-end venu à ce vice fumé et salé dont il parle comme un junkie parle de son héro.
«Je fais aussi beaucoup de vélo, pour garder la forme, mais la fin de semaine, je me gâte, oui. Pourquoi faudrait-il toujours faire attention? J'aime le côté "orgie de bouffe" de la gang d'Epic Meal Time [site web animé par un groupe de jeunes Montréalais pour qui aucun mets n'est trop calorique et qui arrose tout de Jack Daniel's]. Ça fait du bien de se foutre des règles.»
Le summum de l'extase culinaire pour l'animateur? «Je suis un puriste qui pense que le bacon devrait se déguster seul, mais il m'arrive parfois d'y aller pour un mélange sucré-salé et de tremper mon bacon dans le Nutella.» Le pire: il est sérieux.
Et le parfum au bacon, tu le portes lors d'occasions mondaines? «Pas vraiment. Honnêtement, ça ne sent pas très bon.»