Le cas Kubrick

L'année dernière, le musée LACMA de Los Angeles présentait l'exposition The Stanley Kubrick Exhibition, une extraordinaire rétrospective du travail du réalisateur de Shining. Le projet, supervisé par la veuve de l'artiste, couvre les débuts de Kubrick comme photographe dans les années 40 jusqu'aux dernières notes du tournage de Eyes Wide Shut prises avant sa mort en 1999.
Il était reconnu comme un artiste obsessif, d'une minutie maniaque. L'exposition nous ouvre une porte sur le monde de ce créateur qui exigeait d'avoir le complet contrôle sur tous ses projets. On constate, avec un certain trouble, que sa réputation n'était pas surfaite; chaque plan imaginé fait l'objet de mille et un croquis détaillés, les acteurs sont photographiés dans tous les angles possibles lors des auditions, et les calepins de notes du maître démontrent bien qu'aucune option de tournage n'est écartée. Fascinant. Cette exposition s'arrêtera d'ailleurs à Toronto l'automne prochain.
Familier avec l'oeuvre de Kubrick? Ou profane qui veut s'initier? Peu importe. Les films du réalisateur américain valent la peine d'être vus et revus. Une première fois pour le plaisir, la seconde pour admirer comment c'est fait. Lolita, 2001 l'Odyssée de l'espace, Shining, Eyes Wide Shut, ce n'est pas le choix qui manque. Voici quand même deux suggestions qu'il serait bon de mettre en tête de liste.
Dr Strangelove (1964)
Nous avons déjà parlé de cette bobine dans ces pages. N'empêche. Quel bonheur de souligner à nouveau l'excellence de ce long-métrage qui traite, avec ironie et sarcasme, de la paranoïa généralisée pendant la guerre froide. Cette comédie satirique est classée troisième meilleure comédie de tous les temps par l'American Film Institute. Peter Sellers, au sommet de son art, incarne trois rôles dans le film, démontrant sans équivoque la vaste étendue de son talent comique.
Full Metal Jacket (1987)
Un film dur, cru comme la guerre qui y est évoquée, sans romantisme, ni héroïsme bébête. La guerre du Viêt Nam n'était pas une partie de plaisir, et Kubrick s'est appliqué à rendre à l'écran ce qu'était l'entraînement des militaires (le conditionnement, rappelant Orange Mécanique), et la réalité du terrain avec un pragmatisme déroutant. Son obsession pour les détails a d'ailleurs poussé le réalisateur à importer 200 palmiers d'Espagne et 100 000 arbres de Hong Kong pour les scènes extérieures. La jungle artificielle fabriquée par la production en Californie pour recréer la campagne de l'Asie du sud-est ne l'avait pas impressionné...