L'aviateur Gilles Boulanger s'éteint à 91 ans

«Ne pas avoir de rêve, pour lui, c'était comme mourir. Et il est mort avec d'autres rêves en tête, il a eu une belle vie, une vie remplie.»
Après quelques semaines d'hospitalisation pour un cancer, l'aviateur Gilles Gilbert Boulanger est décédé à la veille du Nouvel An, à l'âge de 91 ans. «Il est parti vite et n'a pas trop souffert, il était entouré de sa famille et de ses proches, il avait ses trois enfants autour de lui. C'était une belle réunion de famille malgré tout», relate sa nièce Andrée Généreux.
«Il a été beaucoup aimé, il avait une chaleur humaine exceptionnelle», ajoute-t-elle.
M. Boulanger était mitrailleur dans le 425e Escadron de l'Aviation royale canadienne - surnommé Alouette - durant la Deuxième Guerre mondiale. Il a participé à 37 missions de bombardement, notamment lors du débarquement de Normandie.
Une expérience qu'il a décrite dans son livre L'alouette affolée, d'abord publié en 2006. «Les jeunes de la génération qui ont fait la guerre ne voulaient pas en parler. Il a écrit son récit de guerre à partir de son journal de bord, c'est comme ça qu'il a pu être capable décrire toutes ses missions. C'est un legs important pour l'aviation et aussi pour se souvenir. Il était fâché des fois, il se disait «c'est impossible qu'on ne se souvienne pas». Il s'est fait un devoir de nous rappeler qu'il ne fallait pas oublier, il l'a fait en écrivant», affirme Mme Généreux.
Le vétéran a aussi fait l'objet d'un reportage à Radio-Canada en 2012.
En plus des souvenirs, M. Boulanger a ramené de la guerre son amour, une Anglaise qu'il a mariée et avec laquelle il a fait sa vie. «Des fois tu regardes les livres d'histoire et tu lis des choses comme celles-là... lui c'était un livre d'histoire.»
Le 3 juin prochain, M. Boulanger aurait eu 92 ans. Trois jours plus tard, il aurait souligné le 70e anniversaire du débarquement. «Il n'attendait que le mois de juin. Il avait été sélectionné avec six autres personnes par Le Figaro pour les 70 ans du débarquement», explique Mme Généreux.
M. Boulanger a reçu de nombreux honneurs tout au long de sa vie; il a même été décoré par la reine Élizabeth II.
Mais l'un des plus beaux d'entre eux, c'est probablement cette école en Normandie, à Courseulles-sur-Mer, qui porte son nom, et qu'il a été visiter à deux reprises.
Des projets à revendre
Les réalisations de M. Boulanger ne se sont pas arrêtées après la guerre, loin de là! C'est qu'il était un homme de projets.
C'est lui qui a fondé la première agence de voyage de Granby, qu'il a par la suite déménagée à Sherbrooke et qui est devenue plus tard Voyages Escapade 2000. «Il a permis à des milliers de voyageurs de découvrir le monde. C'était un aventurier, et il a permis à d'autres de devenir des aventuriers aussi», confie Mme Généreux.
Sa première passion a toujours été l'aviation; il pilotait d'ailleurs encore son avion il y a quatre ans et en avait construit un à 82 ans.
Au début des années 1990, M. Boulanger fonde à Sherbrooke les Faucheurs de marguerites, rassemblement d'amoureux de l'aviation. «C'était sa fleur préférée, il avait toujours sa marguerite sur son chapeau de paille, c'est pour ça qu'il avait appelé l'organisme comme ça. Ça permettait à tous les gens de découvrir les nouveautés dans l'aviation de plaisance.»
Quelques années plus tard, il fonde avec un partenaire Dedalius Aviation, une société spécialisée dans la fabrication de pièces pour avion léger.
En 2010, M. Boulanger avait pu piloter un F-18 à Bagotville. Il blaguait en disant qu'à signer son permis d'aviation depuis l'âge de 18 ans, il devait sûrement être le pilote le plus assidu du Québec! En 2008, il a d'ailleurs été intronisé au Panthéon de l'Air et de l'Espace du Québec.
Originaire de Montmagny, M. Boulanger habitait à Sherbrooke depuis de nombreuses années. «Le Québec perd un passionné de l'aviation», résume Mme Généreux.
Les détails des cérémonies soulignant le décès de M. Boulanger ne sont pas encore arrêtés, mais il reposera à Montmagny, aux côtés de sa bien-aimée.