L'année du grand nettoyage à Lac-Mégantic

Les travaux de décontamination vont reprendre dans quelques semaines à Lac-Mégantic, une dernière étape avant de redonner l'usage de son centre-ville à la communauté sinistrée depuis plus de huit mois maintenant.
<p>Paul Benoît, responsable du site de Lac-Mégantic pour le MDDEFP</p>
Ces travaux vont se faire pendant que les citoyens sont conviés par la Ville, à compter de mercredi, à une démarche de participation sans précédent pour élaborer leur vision d'avenir de ce centre-ville dévasté par un train fou rempli de pétrole, qui y a explosé le 6 juillet dernier y faisant 47 victimes.
«Le ministère (du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs) s'est donné pour objectif de remettre le centre-ville à la Municipalité au 30 décembre 2014, pour qu'elle en fasse ce qu'elle souhaite à partir de son exercice de consultation publique», rappelle le porte-parole ministériel Paul Benoît.
« Je crois que cet objectif est très réaliste », ajoute-t-il.
Ce professionnel en sciences de l'environnement, à l'emploi du MDDEFP depuis 22 ans, est affecté au site de Lac-Mégantic depuis le 12 août, quand on est passé de la situation d'Urgence-Environnement à la gestion des étapes de décontamination puis de réhabilitation des lieux.
Au strict plan environnemental, c'est une catastrophe très significative. Avec 5,7 millions de litres de pétrole déversé dans l'environnement, c'est l'un des pires déversements terrestres en Amérique du Nord.
«Et il y a des dommages collatéraux à ça, précise M. Benoît. Il y a le volet environnemental et il y a le volet sinistre. Il faut se rappeler aussi que c'est un drame humain, à la limite plus important que l'environnement, et il y a tous les enjeux économiques et de reconstruction qui en font un événement «hors proportion». C'est toutes ces phases-là qui sont interreliées et qui font en sorte qu'on est dans un modèle unique.»
« Le cas classique pour nous (l'Environnement), reprend M. Benoît, c'est on décontamine et on rebâtit. Ici (à Lac-Mégantic), il a fallu qu'on imbrique la décontamination et la reconstruction. Il y a eu la voie ferrée, puis les condos commerciaux... On est dans une dynamique qui appelle d'autres façons de faire qui ne sont pas usuelles au Ministère. »
Une facture de 190 millions $
La facture de nettoyage du site a été estimée à 190 millions $. Le Ministère refuse de s'avancer sur les sommes qui ont été engagées jusqu'à maintenant.
Le gouvernement fédéral assumera la moitié de ces coûts. Le premier ministre Stephen Harper en a fait l'annonce à Lac-Mégantic en novembre.
Comme les compagnies impliquées dans la tragédie n'ont pas répondu à son ordonnance d'assumer leurs responsabilités, le gouvernement du Québec a par ailleurs enclenché des procédures contre Montréal, Maine & Atlantique Canada Cie (MMA), Montréal, Maine & Atlantic Railway Ltd (MMAR), Western Petroleum Company, World Fuel Services Corporation, World Fuel Services inc. et la Compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique (CP) pour se faire rembourser la note.
Mais pour l'heure, les travaux reprennent après une pause hivernale qui a permis d'analyser les rapports de caractérisation, d'établir une stratégie d'intervention et de lancer des appels d'offres.
«À l'automne, on a délimité les zones où on a estimé des volumes de contamination. Quand on va recommencer à excaver, c'est là qu'on va savoir exactement s'il y en a plus ou moins que nos estimations et ce qu'il reste à faire», précise toutefois Paul Benoît.
«Il faut se rappeler qu'on a un kilomètre et demi à deux kilomètres carrés de site à travailler, c'était peu d'espace pour aller chercher un maximum d'information et s'assurer qu'il n'y avait pas d'intervention d'urgence à y faire. Il a fallu faire une «classification» de nos interventions durant l'automne, même si on faisait tout en même temps.»
«C'est pour ça qu'on a procédé rapidement à la réhabilitation complète des secteurs du Citron vert et de la Crèmerie, des secteurs lourdement contaminés qu'on a jugé prioritaires pour être sûrs que les contaminants ne migreraient pas au printemps. Il a fallu faire des choix et prendre des mesures pour enclaver les zones et contrôler le site.»
«Avec le niveau de connaissance qu'on a, dit aussi M. Benoît, on ne croit pas qu'il y a aura migration des hydrocarbures, mais c'est sûr qu'on est dans du remblai au centre-ville et rien ne nous empêche de penser non plus qu'il pourrait y avoir des enclaves contenant du pétrole. Maintenant, on est prêt à ce genre d'éventualité. »
Pas moins 250 employés du MDDEFP ont été mis à profit pour des mandats plus ou moins longs dans le dossier de Lac-Mégantic, incluant la rivière Chaudière, depuis le 6 juillet 2013.
Sur le site, l'année dernière, jusqu'à 400 travailleurs ont besogné en même temps pour récupérer le pétrole, excaver les sols, échantillonner les lieux, nettoyer les berges de la rivière Chaudière et du lac Mégantic, entre autres choses, une force ouvrière répartie à peu près également entre la rivière et le centre-ville.
«On n'aura plus vraiment cette activité-là cette année, précise M. Benoît, peut-être une centaine de travailleurs dans les pics d'activités. Et il est trop tôt pour dire ce qui va se passer sur la rivière.»
Dossier complet dans La Tribune de samedi.