L'amour aux temps de l'instantanéité

Un téléphone peut-il être assez intelligent pour trouver l'âme soeur à notre place? Pas certain. Mais il peut assurément mettre toutes les chances de notre côté quand vient le temps de trouver des candidats au poste.
Tinder est une application qui permet de lister, selon sa position géospatiale, les célibataires dans un rayon de quelques kilomètres. Deux minutes (environ) sont nécessaires pour se créer un profil : on connecte notre compte Facebook, on choisit des photos de notre meilleur côté, on écrit une description de quelques caractères qui se veut invitante (ou mystérieuse, ou drôle), et la guerre des pouces peut commencer. On glisse à gauche pour passer au prochain candidat. Ou à droite pour ouvrir la porte à une possible conversation. Le consentement des deux parties est nécessaire pour commencer une conversation. Si on compare aux sites de rencontre classiques, l'investissement est minime. Pour Jason, 30 ans, c'est ce qui explique le succès de Tinder, en plus d'une expérience « décontractée », qui s'éloigne du fordisme relationnel des soirées de speedating traditionnelles.
David, 22 ans, pense que c'est la facilité qui fait l'attrait de Tinder. « Ça résume au plus simple une personne et ça laisse l'imagination faire le reste. C'est l'équivalent d'un doyoulookgood en socialement acceptable. »
Un peu, beaucoup, à la folie
Tinder est effectivement d'une simplicité désarmante, pour qui veut bien se prêter au jeu. Deux heures et une vingtaine de «matchs» (l'équivalent d'un coup de foudre) plus tard, force est de constater que la chose est plutôt divertissante. Sur les six prétendants interviewés, trois mentionnent d'ailleurs le côté ludique de l'application pour y expliquer leur présence.
Mais d'autres raisons justifient la création d'un compte sur Tinder. « J'ai l'impression que la plupart des gens s'en servent pour augmenter leur estime d'eux-mêmes plus que pour un vrai désir de rencontrer des gens », estime David. Le petit papillonnement au niveau de l'estomac provoqué par un match est rassurant : quelqu'un, quelque part, voudrait bien de nous. Ne serait-ce que pour une nuit.
Jusqu'au bout de la nuit
Entre les biceps bronzés, le selfie d'escalade et la photo artistique du guitariste en plein solo, impossibledur de se plaindre du manque d'options. Pour nous donner une idée un tantinet plus juste de la personne, on indique aussi les amis et les intérêts communs. La première impression joue pour beaucoup, d'où l'importance de se résumer le plus fidèlement possible en pixels.
« Les photos jouent un grand rôle mais les intérêts communs ont une valeur à mes yeux. Genre si on aime les deux les feux de camp, c'est pas super valable. Et puis une description si possible en français, sans phrases cheesy. » soutient Olivier, 22 ans. Est-ce qu'un intérêt commun pour Barack Obama justifie un pouce vers la droite? Simon, 25 ans, est assez sélectif de ce côté. En ordre d'importance, il évoque la distance, les intérêts commun, l'âge, les photos et les descriptions.
Alex, lui, va droit au but : « Honnêtement je dirais que je suis là pour le sexe mais je pense pas que tous les gars soient honnêtes de même. Mais qui sait, ça me plairait de rencontrer quelqu'un pour quelque chose de sérieux. »
Les attentes vont un bout à l'autre du spectre des relations. « Moi j'ai 420 matchs mais c'est pas un one night que je recherche. Une amie. Une blonde. Mais pas une perte de temps. » explique J-S, 23 ans.
Retour à la réalité
Pour qu'un match se concrétise, il faut tout de même transposer l'affinité dans la vraie vie. Aller prendre un verre, voir un film, jouer au tennis. Dire les mots à la place de les écrire. Et, parfois, revenir à la réalité.