Lac-Mégantic: plusieurs citoyens expriment leurs craintes au ministre Blanchet

Les citoyens de Lac-Mégantic ont été nombreux à aller exprimer leurs craintes et leurs préoccupations, mardi soir, au ministre de l'Environnement Yves-François Blanchet. Pas moins de 250 personnes se sont réunies durant plus de deux heures à la polyvalente Montignac pour savoir où on en était en ce qui a trait à la décontamination et à la réhabilitation des lieux depuis le déraillement mortel du 6 juillet dernier.
Visiblement soucieux de rassurer les gens, le ministre Blanchet a écouté leurs préoccupations, a répondu lui-même à quelques reprises, même s'il s'était entouré de plusieurs fonctionnaires et experts, pour conclure au terme de l'exercice qu'il fallait remettre ça.
«Ce que les gens indiquaient dans leur questions, dans leurs regards, c'est encore de l'inquiétude et de l'incertitude. C'est pour cela qu'au-delà des points techniques, notre devoir est de s'assurer de la sécurité des citoyens du secteur de Lac-Mégantic et de la rivière Chaudière et aussi de leur donner un sentiment de sécurité.
«Serait-on en sécurité que si on ne croit pas l'être, on n'a pas de qualité de vie. Et je pense que quels que soient les efforts qu'on a faits et qu'on continue de faire, on n'en viendra jamais tout à fait à bout», a ajouté le ministre Blanchet, en invitant à être créatifs pour faire face à une tragédie aussi unique qu'innommable.
Rivière Chaudière
En ouverture de soirée, des fonctionnaires du ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs ont fait la nomenclature détaillée des travaux qui ont été réalisés au centre-ville de Lac-Mégantic, sur le lac Mégantic et sur la rivière Chaudière depuis le 6 juillet dernier, alors qu'un train fou a laissé s'échapper pas moins de 5,9 millions de litres de pétrole brut dans l'environnement.Ils ont aussi laissé voir tout ce qui reste à faire, pour une facture toujours estimée à 190 millions $ à ce moment-ci.
«La totalité des sols contaminés doit être retirée de lieu de l'accident au plus tard le 12 décembre 2014 et l'ensemble des besoins en termes de sols de remplissage doit être comblé à cette même date, a dit à ce propos le ministre. C'est donc dire que, dans moins d'un an, les travaux de reconstruction de la zone sinistrée de Lac-Mégantic pourraient débuter puisque le site sera complètement réhabilité.»
Des questions
Les questions ont été nombreuses de la part des Méganticois. Sur les bassins de décantation, sur la migration des contaminants, sur le nettoyage des berges. Sur la réouverture du pont de la rue Frontenac aussi, au moins pour l'hiver. À quoi la mairesse Colette Roy Laroche a bien vite fermée la porte en rappelant qu'il est situé dans une zone toujours en chantier, avec les règles de santé et sécurité au travail qui s'appliquent.
La reprise du camionnage pour la décontamination des sols, d'ici le printemps, et la poussière que cette activité génère dans la ville en inquiète plus d'un. Les fonctionnaires en ont pris bonne note et ont assuré qu'on en tiendrait compte, précisant que le type de traitement retenu pourrait probablement s'effectuer à proximité du centre-ville.
«C'est quand même important la quantité d'hydrocarbure qui s'est brûlé cet été et cet automne pour décontaminer les sols», a ironisé à ce propos une citoyenne, sous les applaudissements.
Une autre intervention applaudie est venue de Paul Dostie. «On fait des petits tunnels sous les routes pour les grenouilles. On se préoccupe de la faune, de la flore, des petits animaux, mais où se situent les humains là-dedans? Est-ce qu'on peut-être débarrassés du train dans nos villes?»
Évoquant les enjeux économiques qui entrent en ligne de compte, le ministre a refusé de prendre position. «Je peux vous assurer toutefois que les conditions qui se sont retrouvées pour que vous viviez cette tragédie ne seront plus jamais réunies», a-t-il enchaîné.
Le propriétaire de la pharmacie Jean CoutuClaude Charron, a quant à lui attiré l'attention sur le sort des 39 propriétaires d'édifices encore debout dans le centre-ville dévasté. Rencontré hier matin par la Ville et les ministères de l'Environnement et de la Sécurité publique, il a appris que son édifice de 2 millions $ de la rueFrontenac n'est pas contaminé, mais ne serait pas non plus accessible avant un an ou deux. Or il a déjà entrepris de se relocaliser dans le secteur Fatima, privilégiée par la Ville de Lac-Mégantic, et est rempli de questions pour la suite des choses.
«Je perds mes locataires, je perds ma clinique médicale parce que ma pharmacie se relocalise, mais que vaudra mon bâtiment alors? Nous sommes une trentaine de propriétaires comme moi. Est-ce que vous pouvez intervenir au gouvernement pour que tous les citoyens de Lac-Mégantic soient traités sur un même pied?» a-t-il lancé au ministre Blanchet.
Comme tout le reste du dossier, lui a répliqué le ministre, on parle ici d'une situation exceptionnelle au Québec et le gouvernement est déjà à la recherche de solutions appropriées.
«Toutes les interventions de la Ville de Lac-Mégantic à Québec sont très bien reçues, a-t-il aussi assuré. Personne ne s'obstine et personne ne le fait à contrecoeur. Parce que vous y avez droit.»