Lac-Mégantic: 1/16e de la puissance d'Hiroshima

«Si un jour je vais en enfer, je saurai à quel point c'est chaud!» Tels ont été les mots du directeur du Service de protection contre les incendies de Sherbrooke (SPCIS) Gaétan Drouin pour décrire l'intensité de la boule de feu qu'il a dû combattre à Lac-Mégantic, le 6 juillet 2013. M. Drouin livrait lundi au conseil municipal le bilan du travail de coordination en sécurité civile nécessaire du 9 juillet au 22 août, alors qu'il agissait en soutien au directeur général de la Ville de Lac-Mégantic.
<p>Gaétan Drouin</p>
«La force des explosions représentait 1/16e de la puissance d'Hiroshima, illustre-t-il encore. Un incendie d'hydrocarbures comme celui-là était du jamais vu en Amérique du Nord. C'était d'une ampleur telle... Je sens encore l'odeur du pétrole sur le site. Réussir à éteindre un incendie d'une telle ampleur dans un délai de 12 à 14 heures, ça veut dire que les gens ont travaillé très fort sur le terrain. Nous avons utilisé une quantité de mousse astronomique, soit 8000 gallons, pour procéder à l'extinction.»
M. Drouin se dit par ailleurs heureux de constater «qu'au-delà des 47 victimes, nous n'avons pas perdu d'intervenants sur place. Il y a eu quelques blessés légers et quelques coups de chaleur. Nous avons encore 10 ou 15 personnes qui sont suivies par la Sécurité publique. C'est quand même minime quand on regarde l'ampleur de la situation et des défis que nous avions. C'étaient des dizaines de décisions à prendre à la minute.»
World Trade Center
Le directeur du SPCIS estime entre autres avoir tiré des leçons des événements du 11 septembre 2001, leçons qui ont pu être appliquées pour la sécurité des pompiers à Lac-Mégantic. «On a souvent dit aux gens dans nos organisations : le World Trade Center (WTC) était une démesure pour les pompiers de New York, mais dans nos propres organisations, quel est notre World Trade Center? Comment pouvons-nous nous préparer? Quelle sera notre capacité à réagir? L'explosion chez Neptune à Sherbrooke n'était rien par rapport à Mégantic en termes d'ampleur de la situation à gérer.»
«Il n'y a qu'à penser à la contamination alimentaire. Au WTC, tout le monde voulait aider les pompiers. Ils amenaient des plateaux de sandwichs sur le site. Mais il y avait de l'amiante et des produits toxiques dans les bâtiments. Il y a des gens qui ont développé des maladies professionnelles parce qu'ils ont consommé cette nourriture. Donc à Lac-Mégantic, il y avait interdiction de consommer sur le site. Il y avait des pauses obligatoires, des sites de décontamination complets pour éviter qu'il y ait des traces d'hydrocarbures à l'extérieur. Lorsque l'incendie a été contrôlé, on a géré ça comme un énorme site de construction, avec des hygiénistes industriels, avec des officiers en santé et sécurité au travail notamment...»
Fier d'avoir pu faire une différence, M. Drouin se disait satisfait de sa contribution. «Ç'a été un plaisir de pouvoir supporter l'organisation. C'est un événement qui marqué l'opinion public, c'est un drame incroyable qui a marqué le Québec, mais je n'aurais voulu être nulle part ailleurs. Peu importe la situation que je vivrai dans ma carrière, j'aurai eu la chance d'être présent pour tenter de faire la différence. C'est toujours ce qui nous ramène et nous permet en quelque sorte de comprendre l'incompréhensible.»
Dès les premières heures de la tragédie, douze pompiers, quatre lieutenants, un chef aux opérations et le directeur du SPCIS ont été dépêchés à Lac-Mégantic. Le travail de tous les intervenants sherbrookois a été souligné avec fierté par le maire Bernard Sévigny.