Lucie Borne et Josée Thibodeau oeuvrent toutes les deux à la préservation de la faune et de la flore du lac Lovering en tentant d'enrayer les myriophylles à épi de son lit.

Lac Lovering: une bataille est gagnée, mais pas la guerre

Niché au coeur d'une vallée verdoyante, entouré de chemins tortueux et de résidences champêtres, le lac Lovering offre quiétude et panoramas à ses habitants. Mais ce petit coin de paradis, malheureusement, se meurt de l'intérieur.
Lucie Borne a commencé à s'entrainer pour la traversée amicale du lac Lovering il y a cinq ans. Nageant en solitaire, elle effectuait ses longueurs près de la berge par question de sécurité. Toutefois, la présence de myriophylles à épi, une plante aquatique invasive qui pousse entre une profondeur de 4 à 7 pieds, gênait son entrainement, la forçant du même coup à s'éloigner du rivage. Les étés se succédaient et la prolifération de la plante nuisible augmentait. Cette année, Mme Borne devait nager à une si grande distance de la terre ferme qu'elle a décidé d'agir.
La Société de conservation du lac Lovering a donc lancé un projet novateur pour enrayer les myriophylles : la pose de jute dans le fond du lac.
« Les myriophylles à épi sont des plantes invasives qui, en peu de temps, détruisent toute la vie dans un lac. Par contre, comme elles ont une tige molle, elles ne parviennent pas à traverser la jute et finissent par mourir. Les autres plantes, elles, peuvent percer la barrière de la jute et faire que la vie dans le lac reprend », explique Josée Thibodeau, présidente de la Société de conservation du lac Lovering.
Un projet supervisé par le ministère de l'Environnement et qui a un précédent dans la région de Gatineau où, comme en Estrie, les effets ont été quasi instantanés.
« La jute ne peut être posée qu'aux endroits où les myriophylles occupent le fond à 100 % pour éviter de tuer les autres plantes aquatiques. Par contre, aux cinq endroits où la jute a été déposée, tous situés à l'ouest du lac, on ne trouve plus de myriophylles et les plantes ont commencé à pousser à travers la jute. C'est très encourageant », indique Mme Thibodeau.
Victoire temporaire puisque en l'espace de deux ou trois ans, la jute finit par se décomposer et la voie redevient libre pour les myriophylles.
« Il faudrait que le gouvernement nous permette de poser de la jute aux endroits où les plantes n'occupent pas 100 % de la flore, même si ça tue d'autres plantes. Les 10 000 mètres carrés de jute qu'on a posé entre le 31 mai et le 15 juin ont enrayé une bonne partie, mais il en reste encore un peu partout et ça ne sera pas trop long que les plantes vont revenir », déplore Mme Thibodeau.
Parce qu'un bateau qui traverse un endroit infesté peut couper un épi avec son hélice et le transporter dans un autre lieu et ainsi entamer une réaction en chaine.
« Ça ne prend qu'un petit bout de plante pour infester toute une région du lac. D'ailleurs c'est probablement comme ça que ça a commencé, un bateau mal lavé », résume Lucie Borne.