Vanessa a vécu de grands bouleversements durant son adolescence, mais aujourd'hui l'avenir sourit à la jeune femme de 18 ans.

La vie adulte après la DPJ : Vanessa et Alex témoignent

Certains jeunes arrivent à l'âge adulte avec un bagage très lourd, ayant vécu des épreuves que même des adultes n'ont jamais subies. En cours de route, certains prennent un mauvais virage ou encore commettent quelques faux pas. La Tribune s'est intéressée au sort des jeunes qui se sont retrouvés dans le giron de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et a voulu vous raconter deux belles histoires... parce qu'il y en a.
<p>Alex</p>
L'histoire de Vanessa
Des études en éducation spécialisée, un boulot, un appartement. En surface, la trajectoire de Vanessa semble tout ce qu'il y a de plus banal. Mais son passé ne l'est pas.
À 12 ans, l'adolescente a dû être placée en famille d'accueil. Elle habitait chez sa grand-mère, avec sa mère, mais celle-ci, aux prises avec des problèmes de drogues, n'était plus en mesure de s'occuper d'elle. Vanessa n'a jamais connu son père. Née à Granby, elle grandit à Magog. Elle vit maintenant à Sherbrooke depuis un an.
«Je n'allais pas vraiment à l'école. Ma mère à ce moment-là était dans la drogue, dans l'alcool aussi. Ce n'était pas un exemple à suivre. Par-dessus ça, je ne me présentais plus à mes cours. J'ai manqué plus de la moitié de l'année en secondaire un. Avec le temps, le centre jeunesse est venu me chercher et on m'a placée.» La jeune fille n'aimait pas l'école. «J'ai vécu énormément d'intimidation...»
L'atterrissage dans une famille d'accueil, d'abord de purs étrangers, s'avère difficile. Les deux années et demie qui vont suivre aussi : l'adolescente passe son temps «en conséquences». «J'avais une laisse très courte, parce que j'ai toujours eu besoin d'énormément d'encadrement, de me sentir aimée et de me sentir acceptée. Je recherchais l'amour de mes parents, et en bout de ligne, je faisais du trouble.» Sa mère n'aide pas les choses en lui disant, par exemple, qu'on la veut pour l'argent. «Je ne me laissais pas la chance de m'approcher d'eux.»
Vanessa ne rend pas la vie facile au couple qui l'accueille, déjà parents de deux enfants. Environ six mois après son arrivée, le couple prend sous son aile une autre jeune fille placée par la DPJ, qu'elle considère aujourd'hui comme sa soeur.
La jeune femme a eu la chance de ne vivre que dans une seule famille d'accueil. «Ça m'a aidée, car je compare d'autres jeunes qui ont été dans plusieurs familles d'accueil et eux, sans vouloir généraliser, sont la plupart massacrés dans la vie, car ils n'ont jamais été stables.»
Elle considère ceux qui l'ont prise en charge comme ses propres parents, dit-elle en racontant qu'elle appelle «papa» l'homme de son foyer adoptif. «Je suis encore très proche de tout le monde, incluant leurs enfants.» La veille de l'entrevue, elle leur avait d'ailleurs présenté son copain. Cela fait maintenant un an qu'elle vole de ses propres ailes.
Et sa mère biologique, dans tout ça? Elle est décédée il y a six mois, peu de temps après que Vanessa eut renoué avec elle; les contacts avaient dû être coupés avec cette dernière. Vanessa raconte avoir donné un coup de main à son frère à la suite de la mort de sa mère.
«Je veux devenir travailleuse sociale», souligne la jeune femme, en ajoutant qu'elle croit être très bien placée pour aider les jeunes qui, comme elle, ont la vie dure. «Les travailleurs sociaux typiques, ils n'ont rien vécu. J'ai du vécu, ce qui fait beaucoup de différence. J'ai marché dans leurs souliers...» «Ça se fait, de passer au travers. J'ai toujours cru en moi-même. J'aurais eu besoin de plus d'encadrement, d'avoir quelqu'un à qui parler...»
Que pense-t-elle du chemin parcouru depuis le début de l'adolescence? «Je suis surprise, mais en même temps je me suis toujours dit que j'aurais un avenir (...) J'ai toujours rêvé d'avoir ma maison, ma famille, etc. C'est sûr qu'au début ce n'est pas facile, mais une fois qu'on m'a encadrée pour aller à l'école, j'ai fait le reste du parcours seule. C'est moi qui ai décidé de m'inscrire au cégep, de terminer mes études; je n'ai pas juste terminé mon secondaire, j'ai aussi fait un DEP (en vente et marketing) en même temps. J'ai été double diplômée en 2013 et après j'ai commencé mes études au cégep.»
L'histoire d'Alex
À tout juste 18 ans, Alex sait qu'il doit retourner sur les bancs d'école s'il veut trouver un bon boulot : il comprend maintenant l'importance d'avoir un diplôme en poche.
Éducateur spécialisé au programme SAVA, au Centre jeunesse de l'Estrie (CJE), Pierre Piché a appuyé Alex afin qu'il puisse voler de ses propres ailes.
M. Piché compte 33 ans de carrière : il s'est aussi occupé de la mère d'Alex lorsqu'elle était jeune. «Ça arrive souvent. Ça m'est même déjà arrivé d'avoir la grand-mère, la mère et la fille», commente M. Piché en soulignant que ce genre de situation survient lorsque les jeunes filles tombent enceintes à l'adolescence. Le programme SAVA (Soutien et accompagnement à la vie autonome) permet d'accompagner des jeunes de 17 ans et plus qui ont comme projet d'intégrer un appartement au cours de l'année, soit avant leur majorité.
L'histoire d'Alex s'apparente à celle de beaucoup d'autres jeunes.
«Le plus bel exemple que je peux donner, c'est qu'on ne peut pas donner ce qu'on n'a pas eu», illustre Pierre Piché.
Le jeune homme de Magog a eu ses premiers contacts avec la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) à l'adolescence. « J'avais fait un vol et on disait que ma mère n'était pas apte à m'avoir... Ils m'ont envoyé chez mon père, et je suis parti en fugue.» Il était alors âgé de 15 ans. Il s'agissait alors de sa première «vraie» fugue. À l'époque, il a tendance à fuir plutôt qu'à faire face à ses problèmes.
Au cours de son adolescence, le jeune homme connaîtra entre autres la mise sous garde fermée, en raison d'un vol; il passe aussi du temps à la Croisée, un groupe ouvert du CJE. Là-bas, il y rencontre un intervenant qui sera déterminant dans sa vie, une des meilleures choses qui lui soient arrivées.
L'école, dans tout ça? «Je n'y allais pratiquement plus jamais. Ce n'est pas une bonne affaire : je suis encore en troisième et quatrième secondaire et là, je veux terminer mes études», dit-il en soulignant que ça lui permettrait de trouver un bon emploi. Et ses parents? «Mes parents ont toujours été là à leur niveau à eux. Ils ont fait de leur mieux.»
À 18 ans, Alex commence sa vie d'adulte. Lorsque M. Piché a eu le mandat de travailler avec Alex tout juste avant qu'il n'atteigne la majorité, Alex était alors en mise sous garde fermée. «Il est sorti 10 jours avant sa fête. Avant même qu'il sorte, il fallait qu'il ait une place pour rester à sa sortie du centre jeunesse. L'objectif était d'avoir trouvé un appartement, une job... Normalement, quand on est en mise sous garde, on ne peut sortir, mais Alex avait les comportements nécessaires pour avoir des permissions.»
«On est des agents de changement : il faut emmener les jeunes à avoir le goût d'améliorer leur qualité de vie, leur estime de soi. Quand on réussit ça, il y a des évolutions et les situations s'améliorent. On a des histoires d'horreur, mais on a de sacrées belles histoires aussi. Alex, c'est une belle histoire.»
«Quand on a commencé à travailler ensemble en décembre, il ne pensait jamais qu'il retrouvait ce qu'il a là», note M. Piché. «Il est chanceux : il commence à avoir du travail, il a son chez lui, il peut se définir une identité... Ça ne règle pas tout : il a à travailler avec ses difficultés.»
Le passage à la vie adulte n'est pas seulement un grand tournant pour les jeunes de la DPJ, mais pour l'ensemble des jeunes en général, observe M. Piché. «L'âge adulte, pour n'importe quel enfant, n'importe quelle famille, c'est insécurisant.» La Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) vise les personnes de moins de 18 ans. Des programmes comme SAVA ou qualification des jeunes (PQJ) permettent d'accompagner les jeunes de la DPJ au cours de leur passage vers le monde des adultes.