La transaction de l'abattoir Levinoff-Colbex vouée à l'échec dès le départ

Selon KPMG, un prix d'acquisition trop élevé et des conditions exagérées consenties aux frères Cola ont compromis de façon importante la rentabilité de l'abattoir Levinoff-Colbex, et ce, dès son acquisition par la Fédération des producteurs bovins du Québec (FPBQ), le 1er janvier 2006. Il n'est donc pas étonnant que l'entreprise ait dû fermer ses portes en 2012, entraînant de lourdes pertes pour les producteurs, ainsi que pour tous les Québécois.
«La juste valeur marchande de la transaction de l'abattoir était, à la date d'évaluation, comprise entre 50 M$ à 67 M$, pour une valeur médiane de 58M$. Il appert donc que le prix payé de 62,5 M$, auquel nous devons ajouter une somme de 4,5 M$ relative à un excédent de la rémunération du Groupe Cola, correspond au haut de la fourchette établie», indique le rapport.
S'ajoutent à ces dépenses, des bonis versés aux frères Cola au cours des cinq années où ils ont géré l'établissement, ainsi que des dépenses en promotion et représentation de 2,7M$, tâches qui devaient pourtant être acquittées par les anciens propriétaires selon l'entente initiale.
«Aucune autre dépense de promotion ni de représentation ne devait être assumée par Levinoff-Colbex. Toutefois, un salaire et des dépenses d'un employé auraient été assumés par l'entreprise pour la réalisation de ces tâches», peut-on lire au sein de la conclusion.
KPMG met également la fermeture de l'abattoir de Saint-Cyrille-de-Wendover sur le dos du faible volume de bêtes de réforme disponibles, s'expliquant principalement par le non respect du canal d'approvisionnement, la mise en place d'un réseau de mise en marché parallèle ainsi que la compétition provenant de d'autres abattoirs d'importance hors-Québec.
Le taux de change défavorable et les coûts de main d'oeuvre élevés ont également empêché Levinoff-Colbex d'être compétitive par rapport aux abattoirs américains.
Les spécialistes de la firme mandatée par le gouvernement péquiste s'interrogent notamment sur la conclusion de l'entente. En raison du contexte économique difficile dans le domaine de la vache de réforme, l'ancienne ministre de l'Agriculture, Françoise Gauthier aurait émis un décret empêchant le comité interministériel d'évaluer les paramètres de la transaction. Le rôle du comité a donc été limité à la réalisation du montage financier.
«Les paramètres de l'entente de principe ayant été déterminés avant que le comité interministériel ne soit chargé de l'étude de la transaction, les membres de ce comité n'ont pu modifier lesdits paramètres. Certains membres nous ont souligné qu'ils comprenaient que la transaction devait aller de l'avant et qu'il fallait travailler afin de trouver le meilleur montage financier compte tenu des circonstances et de ce qui avait été négocié», a-t-on continué.
L'actuel ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, François Gendron n'a pas raté pareille occasion pour fustiger sa prédécesseure qui est maintenant présidente de la Régie des marchés agricoles du Québec, une entité partie prenante dans la saga de l'abattoir.
« Ce rapport met en lumière un fait : l'aveuglement du gouvernement libéral aura coûté cher aux contribuables québécois et aux producteurs agricoles. Des millions de dollars ont été engloutis dans ce fiasco parce que le gouvernement précédent n'a pas agi avec diligence, préférant fermer les yeux, alors que nos producteurs se trouvaient dans une situation de vulnérabilité », a-t-il fulminé.