La Terre dans tous ses états

Réchauffement planétaire, changements climatiques et événements météorologiques extrêmes : les Terriens du XXIe siècle entendent parler presque quotidiennement de ces phénomènes qui semblent souvent incontrôlables.
Heureusement, les changements survenus depuis la fin de l'ère glaciaire, il y a 10 000 ans, nous permettront peut-être de mieux comprendre ce qui s'en vient.
Matthew Peros et Élisabeth Levac, tous deux chercheurs à l'Université Bishop's, mènent des travaux qui visent à évaluer les conséquences du réchauffement climatique actuel en étudiant les changements survenus au cours des 10 000 dernières années.
«L'étude des changements climatiques survenus de façon naturelle depuis la fin de l'ère glaciaire, avec leur importance et leur rapidité, nous permet de placer en contexte les changements récents et actuels», explique Matthew Peros, responsable de la Chaire de recherche du Canada sur les changements climatiques et environnementaux.
«En étudiant le passé, nous pouvons voir comment la végétation et les écosystèmes ont réagi aux changements climatiques», dit-il.
Un important refroidissement
Au cours des millénaires, la Terre a connu de profonds bouleversements, dont des refroidissements. L'un des plus importants est survenu entre 1300 et 1800, une période appelée «le petit âge glaciaire», qui avait entre autres affecté le nord de l'Europe.
«À l'époque, cela avait été un changement important qui avait affecté l'agriculture, notamment. Par contre, comme la transition ne s'est pas faite trop rapidement, les humains ont pu s'adapter», précise M. Peros.
«Il y a un autre enjeu selon moi: même s'il y a eu des changements climatiques rapides au cours des 10 000 dernières années, il n'y avait pas sept milliards de personnes sur la planète, ni les technologies que nous avons aujourd'hui», souligne-t-il avant d'ajouter que les répercussions des activités humaines sur le climat étaient alors minimes ou inexistantes.
L'impact de l'humain
Le climat de la planète bleue est relié à plusieurs facteurs naturels mais, en vertu du consensus scientifique actuel, les gaz à effet de serre générés par les activités humaines (dont l'utilisation de combustibles fossiles) constituent la principale cause du réchauffement observé depuis 50 ans.
«Nous ne savons pas ce que le réchauffement mondial va apporter, mais c'est bien de comprendre comment la végétation réagit, surtout en zone boréale. Par exemple, quel sera l'impact pour l'industrie forestière?» demande pour sa part Élisabeth Levac, professeure en géographie physique.
«Il y a 10 000 ans, il y avait des calottes glaciaires résiduelles sur la Terre et des eaux de fonte (des glaciers). Nous voulons mesurer les changements survenus à l'époque (à l'aide de "carottes" de sédiments marins, notamment), pour montrer comment les océans ont réagi à cet apport en eau provenant de la fonte des glaciers», explique-t-elle.
«Car si la calotte du Groenland fond, par exemple, quel sera l'impact sur les océans?» s'interroge la chercheuse.
Les scientifiques prévoient qu'au cours du XXIe siècle, les changements climatiques auront de nombreux effets sur les précipitations, la fonte des glaces et des neiges, ce qui augmentera les risques d'inondations dans certaines régions du monde et de sécheresses dans d'autres.
«Cela dépasse la variabilité naturelle du climat et c'est plus rapide», pense Matthew Peros, qui invite toutefois à la prudence lorsqu'il est question de prédire les changements à venir.