La saison des sucres tarde à démarrer

Ce n'est «pas encore dramatique ni la panique» chez les acériculteurs de l'Estrie, qui demeurent optimistes face à la prochaine saison de production de sirop d'érable. Mais rarement a-t-on vu une saison être aussi lente à démarrer.
«Je suis dans le domaine depuis une trentaine d'années. Je me rappelle, il y a une quinzaine d'années, la coulée avait débuté un 24 mars et c'était tard. Cette année, au 27 mars, tout est gelé dur et il ne se passe rien», indiquait vendredi Paul Viens, dont l'érablière familiale de quelque 6000 entailles est située à St-Edwidge-de-Clifton, dans la région de Coaticook.
C'est généralement dans ce territoire, bénéficiant d'un microclimat favorable sur le reste de l'Estrie, que la production s'amorce. Or, à part deux ou trois producteurs de Compton ayant connu une petite coulée au début de mars, tout est au point mort.
«C'est vraiment tardif cette année, mais je ne me décourage pas. Je reste optimiste, car ça va bien finir par décoller, surtout si la météo de demain (samedi) tient la route, avec la pluie prévue et ensuite des journées ensoleillées au-dessus du point de congélation et des nuits sous zéro. Dans un monde idéal, avec un 15 à 20 mm de pluie et l'arrivée d'un vrai printemps, ça ferait démarrer la récolte », estimait pour sa part Claude Roy, qui exploite une érablière de 11 000 entailles à Nantes, dans le territoire du Granit.
C'était évidemment avant qu'il constate que les chutes de neige se poursuivraient durant la fin de semaine.
Chez lui, les conditions étaient loin d'être propices même vendredi : sur un pied de neige au sol, on retrouvait une bonne couche de glace provoquée par le verglas des Fêtes, recouverte d'un autre 30 pouces de neige. «La base des érables est complètement gelée. De la pluie et de la chaleur permettraient un dégagement, pour que l'arbre entame son processus normal pour la coulée de sève», disait M. Roy, également président du syndicat UPA des acériculteurs de l'Estrie.
Lui comme M. Viens, ou encore André Blais de La Patrie, dont l'érablière compte 40 000 entailles, et d'autres producteurs joints par La Tribune, s'attendent à une «saison bien ordinaire», quand le cycle de production s'enclenchera. «C'est sûr que ce ne sera pas la saison record de l'an passé», rajoute Claude Roy, en référence aux 21 millions de livres de sirop excédentaires en 2013 au Québec.
En plus des températures, un important facteur influençant la production est le vent. «On l'a vu cet hiver, il vente toujours. Le vent a pour effet d'assécher, de provoquer une sorte de déshydratation de l'érable et ça peut se traduire jusqu'à 25 pour cent de diminution du rendement de la coulée», évoque le producteur. Il fait en outre remarquer que cette année, les sols sont particulièrement secs; ce qui n'est pas un très bon indice non plus.
Bref, alors qu'une saison normale s'effectue sur 20 jours au total, reste à voir combien de temps durera la récolte cette année. «On n'a pas de boule de cristal pour prédire la météo des deux ou trois prochaines semaines. S'il faut que la chaleur arrive d'un coup et que ça ne gèle plus, la saison va être très courte. Mais bonne, ordinaire ou mauvaise, c'est sûr qu'il va y en avoir une. Ça ne s'est jamais vu une année sans sirop d'érable. Alors on reste optimiste», a philosophé Paul Viens.